Elon Musk est revenu sur des propos rassurant lors de sa prise de contrôle. Il a annoncé, jeudi, qu'il allait rétablir dès la semaine prochaine les comptes suspendus sur la plateforme s'ils n'ont pas enfreint la loi.

Cette décision a été prise suite à un sondage posté sur la plateforme. «Est-ce que Twitter devrait offrir une amnistie générale aux comptes suspendus, tant qu'ils n'ont pas enfreint la loi ou envoyé des spams de façon scandaleuse? Oui/Non», a-t-il demandé mercredi. 72,4% des quelque 3,16 millions de votants ont dit «oui».

«Le peuple a parlé, l'amnistie débute la semaine prochaine», a tweeté Elon Musk jeudi, jour férié aux Etats-Unis pour la fête de Thanksgiving, accompagnant sa publication du message «Vox Populi, Vox Dei» («La voix du peuple est la voix de Dieu»).

C'est avec cette même expression qu'il avait, samedi, réhabilité le compte de l'ancien président américain Donald Trump, banni du réseau social après l'assaut du Capitole à Washington en janvier 2021. Le dirigeant de Tesla et SpaceX avait pris cette décision à la suite d'une consultation similaire sur le réseau à l'oiseau bleu, une méthode à la représentativité incertaine. Une courte majorité (51,8%) des 15 millions de votants s'était exprimée en faveur d'un retour du milliardaire républicain, qui n'a pas tweeté depuis le rétablissement de son compte.

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Alex Jones ne sera pas réintégré

Vendredi, il a déjà laissé revenir une humoriste qui s'était fait passer pour lui, «The Babylon Bee», un site satirique américain, et Jordan Peterson, une personnalité médiatique conservatrice. Ces deux derniers avaient été suspendus respectivement en mars et en août pour infraction au règlement sur les propos haineux - les deux s'étaient moqués de personnalités transgenres.

Elon Musk semble néanmoins avoir une limite: il a indiqué qu'il n'allait pas autoriser à nouveau le complotiste américain d'extrême droite Alex Jones, poursuivi depuis plusieurs années par des parents de victimes de la tuerie de l'école de Sandy Hook de Newton (Connecticut) pour avoir affirmé que le massacre n'était qu'une mise en scène pilotée par des opposants aux armes à feu. Ayant vécu la mort de son premier enfant, il a expliqué être «sans merci vis-à-vis de quiconque utiliserait les décès d'enfants pour (engranger des) gains financiers, politiques ou de renommée».

Des conséquences publicitaires

L'homme le plus riche au monde a expliqué à maintes reprises avoir racheté Twitter parce qu'il considère la plateforme comme la «place publique numérique» essentielle à la démocratie dans le monde. Il juge la modération des contenus trop restrictive, mais sa vision absolutiste de la liberté d'expression fait craindre un déferlement d'abus (désinformation, discours de haine) sur le réseau social.

De nombreuses marques ont déjà suspendu leurs dépenses publicitaires sur Twitter, qui en dépend à 90% pour ses revenus. L'entrepreneur libertaire a d'abord tenté de les amadouer, rappelant que les règles n'avaient pas (encore) changé et promettant de ne prendre aucune décision sur le rétablissement de comptes avant la création d'un «conseil de modération des contenus».

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«Une large coalition de militants sociaux et politiques était d'accord pour ne pas essayer de tuer Twittter en asséchant nos recettes publicitaires à cette condition», a-t-il tweeté mardi. Mais «ils ont rompu l'accord», a-t-il ajouté, en guise de justification sur le retour de plusieurs personnalités évincées de la plateforme.

Quid des régulateurs

Elon Musk est largement critiqué pour ses décisions impulsives à la tête de Twitter, des licenciements massifs au lancement chaotique de nouvelles fonctionnalités. Il écarte les critiques plusieurs fois par jour sur son compte aux 118 millions d'abonnés à coup de memes (images parodiques), d'émoticônes, de provocations, d'attaques personnelles et de pirouettes.

Le patron de Tesla et SpaceX risque aussi d'être rattrapé par les régulateurs. Twitter doit en effet respecter des lois européennes, dont celle sur les Services numériques (DSA), qui obligeaient les plateformes à retirer rapidement les contenus illicites et à lutter contre la désinformation, notamment.

L'Arcom, le gendarme français des médias, a rappelé lundi au groupe californien ses «obligations» et lui a demandé de lui «confirmer» d'ici jeudi être «en mesure» d'y faire face et «de lui faire part de l'évolution à brève échéance des moyens humains et technologiques» qui y sont consacrés.

Le fantasque entrepreneur est encouragé dans ses méthodes arbitraires par son armée de fans. Mais même certains de ses admirateurs semblent las. «Elon Musk, je suis un client reconnaissant de Starlink (fournisseur internet et filiale de SpaceX). J'ai eu une Tesla. J'apprécie SpaceX. Twitter, c'est différent. (...) Ce sont vos politiques, votre agenda et vos opinions qui constituent le problème et détruisent la confiance», a tweeté John Phillips, un avocat et utilisateur authentifié du réseau. «La vérité dans le temps construit la confiance. Rien d'autre», lui a répondu le patron.