Innovation

Elon Musk, l’industriel qui rêve les yeux ouverts

Spatial, énergies renouvelables, voitures électriques: le milliardaire investit toute sa fortune dans ses projets. Parviendra-t-il à relever tous ses défis?

Elon Musk, l’industriel qui rêve les yeux ouverts

Innovation Spatial, énergies renouvelables, voitures électriques: le milliardaire investit toute sa fortune dans ses projets

Parviendra-t-il à relever tous ses défis?

Il s’est lancé dans la conquête spatiale du jour au lendemain. Après avoir épuisé son intérêt pour la révolution numérique. Elon Musk, 44 ans, cofondateur de PayPal, ne s’est jamais interdit de rêver. Des colonies sur la planète Mars, des voitures roulant sans une goutte de carburant ou des ménages autosuffisants en énergie: partout, les projets du milliardaire sud-africain, grand amateur de science-fiction pendant son adolescence, repoussent les frontières de l’imaginable.

Bousculée, l’industrie est contrainte de s’aligner sur cet ambitieux, devenu millionnaire à 27 ans. Même si, souvent, les rêves d’Elon Musk dépassent la limite du réalisable et ses projets doivent être redimensionnés. Comme pour l’Hyperloop, ce train à lévitation censé circuler à 1200 km/h entre San Francisco et Los Angeles. Fin juin, à la suite de l’explosion d’un de ses lanceurs, l’entrepreneur avait lui-même avoué certaines difficultés: «Chacun des échecs contribue à montrer que les fusées sont des choses fondamentalement difficiles.» Tour d’horizon des grands défis lancés par le milliardaire.

Des colonies sur Mars

Le projet le plus emblématique d’Elon Musk reste la commercialisation de l’espace. Une course dans laquelle il s’est lancé après avoir appris que la NASA n’avait pas pour projet d’envoyer des astronautes sur Mars. Pour lui, le problème économique est simple: il faut parvenir à faire baisser les coûts des lancements avec, à terme, des fusées réutilisables.

En 2002, Elon Musk crée SpaceX, désireux de lancer une «nouvelle ère de l’exploration spatiale» avec ses propres lanceurs low-cost. Mais, en juin dernier, l’explosion du lanceur Falcon 9, deux minutes après son lancement, remet en question la possibilité de réaliser ce rêve.

Cet accident isolé n’inquiète pourtant pas les spécialistes du secteur, qui compte 900 autres entreprises cherchant à commercialiser l’espace: «Même si SpaceX subit une augmentation mineure de ses charges, les sommes significatives investies dans le domaine des petits satellites et la demande générale croissante pour accéder à l’orbite continueront de soutenir le modèle d’affaires de SpaceX», expliquait il y a quelques jours au Temps Richard Rocket, patron de NewSpace Global, une société qui évalue les entreprises du domaine spatial.

SpaceX a récemment obtenu le droit de lancer des satellites pour l’armée américaine, mettant fin au monopole de United Launch Alliance, codétenue par Boeing. La conquête de Mars n’est encore qu’un rêve lointain mais la possibilité de s’imposer sur le marché des lancements commerciaux est, elle, bien tangible.

Plus une goutte d’essence

Lancée en 2002, elle aussi, la marque Tesla ambitionne de révolutionner le transport en venant à bout de notre dépendance aux énergies fossiles. Dotées d’une batterie innovante, les voitures électriques d’Elon Musk ont une autonomie de 400 kilomètres, la plus importante du marché. Le directeur de l’association Swiss eMobility, Jörg Beckmann, est conquis: «Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucune manufacture n’avait lancé un produit aussi innovant sur le marché. Tout le secteur a dû s’adapter.»

Mais les voitures de Tesla restent parmi les plus chères du marché: 71 400 francs pour le modèle S d’entrée de gamme. Contre 22 900 francs pour la Renault Zoé, également électrique. Les objectifs de vente de Tesla – 1,5 million de véhicules livrés d’ici à 2025 – ont d’ailleurs été jugés «peu crédibles» par les analystes d’UBS.

Elon Musk parviendra-t-il à imposer la voiture électrique dans le monde? Jörg Beckmann n’en doute pas. Il rappelle que les innovations concernent toujours le haut de gamme avant de devenir accessibles. Pour lui, le problème du secteur réside dans le système de bornes de rechargement. «En Suisse, il n’y a pas de volonté politique d’en introduire sur les grands axes. Tesla est la seule entreprise qui a le pouvoir financier d’installer ses propres superchargeurs ne fonctionnant qu’avec ses voitures.»

Une stratégie qui diffère de celle de sa concurrente Renault. «En tant que constructeur automobile, il n’est pas de notre ressort de construire des systèmes de charge sur la voie publique», explique Laurent Burgat, directeur de la communication pour la Suisse, tout en insistant sur la nécessité de mesures d’incitation à l’achat de véhicules électriques comme en France ou en Norvège. En l’absence d’action des pouvoirs publics, c’est bien Tesla qui pourrait se tailler la plus grosse part du gâteau.

Ménages autosuffisants

En mai dernier, Tesla a également présenté sa gamme de batteries au lithium ionique qui permettrait de stocker l’électricité produite grâce aux panneaux solaires ou de conserver l’électricité achetée au moment de la journée où les prix sont les plus bas. Objectif annoncé: ni plus ni moins qu’atteindre l’autosuffisance des ménages. Les batteries ne seront disponibles sur le marché européen que début 2016.

Une annonce accueillie avec scepticisme par Anil Srivastava, directeur de Leclanché, société basée à Yverdon (VD) et déjà présente sur ce marché: «Cette technologie n’est pas révolutionnaire. Ce type de batterie se vend en Europe depuis des années. Nous attendons encore que Tesla lance un produit réellement efficace et compétitif.» En cause: la durée de rechargement des batteries de quatre heures. Un temps relativement long qui limite l’intérêt de cette technologie dans le cadre d’un usage domestique.

En fait, même SolarCity, l’usine américaine de production de panneaux solaires appartenant à Elon Musk, a renoncé à utiliser ces batteries en raison, de son propre aveu, d’un cadre juridique peu incitatif. Pas de quoi encourager les privés à dépenser les 3000 ou 3500 dollars que coûtent les batteries Tesla.

«Dans cette industrie, il y a tellement de gens qui ont annoncé vouloir changer le monde. Beaucoup sont passés et beaucoup ont disparu», rappelle Anil Srivastava. Leclanché a elle-même souffert pendant six ans et n’est devenue compétitive que récemment grâce à une baisse de 40% des coûts de production.

Le directeur de Leclanché estime néanmoins que l’enthousiasme suscité par la «locomotive» Tesla parmi les consommateurs pourrait finir par être bénéfique à l’ensemble de l’industrie.

«Dans l’industrie, ils sont tellement à avoir voulu changer le monde. Beaucoup ont déjà disparu»

Publicité