Automobile

Elon Musk pourrait être déclaré inapte à diriger une entreprise

Plus expéditif qu'à l'accoutumée, le gendarme boursier porte plainte contre le patron de Tesla pour avoir tweeté des «affirmations sans fondement» affolant les investisseurs. Un air de vendetta plane sur le Nasdaq

Tweeter n’importe quoi, il y a une loi contre ça. En particulier, si les gazouillis inopinés concernent une société cotée sur le Nasdaq, la bourse des technologies, qui a déjà vécu l’éclatement de la bulle Dotcom en 2001. Jeudi soir, le gendarme financier américain ne s’est pas contenté de verbaliser Elon Musk. La SEC a déposé plainte contre le fougueux patron de Tesla pour ses «prétentions sans fondement» en vue d’une sortie boursière.

Désormais classé au panthéon des tweets proscrits, le fameux «Funding secured» (financement assuré) avait affolé les marchés et gonflé le cours de Tesla de près de 10% entre le 7 et le 8 août, à 371,15 dollars (alors 376 francs). Avant de décliner depuis.

Prix «même pas discuté»

Des rumeurs circulaient depuis début septembre quant à des contacts des inspecteurs de Wall Street avec des investisseurs de la marque automobile ainsi qu’avec le milliardaire sud-africain. Il lui incombait alors de prouver, qu’au moment de ses tweets, Tesla avait obtenu un «engagement juridiquement contraignant» portant sur un financement à 420 dollars l’action, expliquait alors l’ancien directeur de la SEC, Harvey Pitt.

Si une réunion a bien eu lieu avec le fonds souverain saoudien le 31 juillet dans l’une des usines californiennes de Tesla, elle n’a abouti sur rien de tangible. Elon Musk «n’a même pas discuté, et encore moins confirmé, les termes de la transaction, y compris le prix, avec une quelconque source de financement potentielle», selon les conclusions de la SEC.

Clin d’œil aux fumeurs de joint

L’évocation d’un prix de 420 dollars l’action était en réalité un clin d’œil aux fumeurs de joint, a admis Elon Musk devant les inspecteurs. «Je me suis dit que ma copine trouverait ça marrant», a lâché celui qui en est également consommateur. Dans la culture cannabis, «four-twenty» est un code de ralliement désignant le meilleur moment pour consommer: 16h20.

Outre ce goûter baudelairien, la SEC reproche à Elon Musk d’avoir minimisé les obstacles à une éventuelle privatisation de Tesla et de n’avoir pipé mot des contreparties demandées par les Saoudiens, notamment la construction d’une usine au Moyen-Orient.

Du côté du Nasdaq, où beaucoup d’investisseurs se sont laissé séduire par le volontarisme du personnage, il flotte comme un air de vendetta. «Musk est un menteur, a vitupéré devant les caméras de CNBC Bill Smith, directeur du fonds de placement Blaine Capital. Il est prêt à tout faire pour maintenir le cours de son action.» Suite au communiqué de la SEC, l’action Tesla clôturait la journée de jeudi sur des pertes de 14%, à 265,55 dollars.

Un «délit d’immédiateté»

Analyste chez Finanzlab, Gilles Corbel relativise la portée des actes du clivant patron de Tesla, pointant qu’il s’est principalement rendu coupable de «délit d’immédiateté». Pour lui, «il n’y a pas eu d’enrichissement. Le cours à certes gagné 10%, ce qui est dans la volatilité du groupe. On ne peut pas juger cette affaire comme un délit d’initié à la Loup de Wall Street

Dans un communiqué, Elon Musk qualifie la plainte «d’injustifiée», soulignant: «L’intégrité est la valeur la plus importante de ma vie et les faits démontreront que je n’ai jamais fait de compromis là-dessus.»

La SEC réclame une amende (pour un montant non spécifié) et une inhabilitation d’Elon Musk à exercer un quelconque poste de directeur ou de cadre dans une entreprise cotée en bourse. Une éventualité qui aurait de quoi plomber la valeur de Tesla, un groupe construit sur le charisme du milliardaire.

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