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L’action Sberbank – banque dirigée par Guerman Gref – est prisée des investisseurs étrangers. Les affaires du numéro un bancaire russe profite notamment de son statut d’établissement adossé à l’Etat. 
© Tatyana Makeyeva/Reuters

Conjoncture

Embellie pour les sociétés publiques russes

La croissance stagne, le niveau de vie des Russes se tasse depuis quatre ans, mais les grandes entreprises d’Etat semblent elles se porter mieux que jamais. Gazprom, Sberbank, VTB, Rosatom affichent des résultats en croissance et des perspectives florissantes

Jamais une banque russe n’avait dominé le classement des banques d’Europe continentale en termes de valorisation boursière. Cette semaine, Sberbank a dépassé l’espagnole Santander grâce à une hausse de 5% en bourse, portant sa capitalisation à 105 milliards de francs et son action au niveau historique de 285 roubles (4,77 francs). La forte hausse de Sberbank est attribuée à l’intérêt des investisseurs étrangers pour le titre, lui-même suscité par l’agence de notation Standard & Poor’s. Samedi, l’agence a relevé la note du crédit souverain de la Russie d’un cran, de BB+ (intérêt spéculatif) à BBB− (investissement avec perspective stable).

Les banques d'Etat préférées aux banques privées

Dirigée par l’ancien ministre de l’Economie Guerman Gref, un libéral convaincu au franc-parler détonant dans le cortège des technocrates russes, Sberbank est depuis quelques années le titre favori des investisseurs étrangers sur le marché russe. Entre 2013 et 2017, Sberbank a accaparé la moitié des bénéfices du secteur bancaire russe, alors que la banque ne représente que 30% des actifs du secteur. Sberbank profite de son statut d’établissement adossé à l’Etat sur fond d’épuration accélérée du secteur bancaire par la banque centrale.

Echaudés par les nombreuses faillites de banques privées, les déposants individuels comme les entreprises préfèrent confier leurs comptes à des banques d’Etat. VTB, la deuxième banque du pays, profite également du phénomène. Avec 120 milliards de roubles (1,9 milliard de francs) de bénéfices l’année dernière, VTB réalise son meilleur résultat. Des bénéfices rendus possibles par un coup de pouce de l’Etat (qui détient 60,9% du capital) à travers un programme de recapitalisation comprenant des «obligations fédérales», que VTB a été autorisée à revendre avec profits.

Prévisions record pour Gazprom

Autre locomotive de l’économie russe, le groupe Gazprom, dont l’Etat russe détient 50%, annonçait mardi matin doubler ses prévisions de croissance de production à l’horizon 2025, pour satisfaire une demande grandissante, en Russie comme à l’exportation. La production annuelle de gaz devrait alors atteindre entre 520 et 560 milliards de m³. Gazprom, qui a extrait 471 milliards de m³ de gaz en 2017, prévoyait jusqu’ici une croissance de production beaucoup plus modeste, entre 495 et 520 milliards de m³. L’année dernière fut une année record pour les exportations (194,4 milliards de m³) ainsi que pour sa part de marché en Europe, qui a atteint 35%. Les possibilités d’accroître cette part ne sont pas épuisées, estimait en janvier le vice-président de Gazprom, Alexandre Medvedev, qui vise 41% vers 2035.

Un objectif modeste en comparaison des ambitions du monopole nucléaire Rosatom. D’ici à 2023, le groupe 100% d’Etat s’est fixé un programme d’investissement de 22,5 milliards de francs pour affronter un pharaonique carnet de commandes: 42 réacteurs nucléaires, dont 34 à l’étranger (lesquels pèsent 150 milliards de dollars). Aucun groupe nucléaire ne rivalise en termes de commandes.

Le secteur étatique représente 70% de l’économie russe

Malgré ces résultats, les sociétés contrôlées par le Kremlin restent l’objet de critiques des économistes libéraux pour leur gestion inefficace et opaque, leur politique de dividendes plutôt avare et leur instrumentalisation politique. Rosneft, la deuxième société russe par la taille, illustre les limites de la gestion par l’Etat russe. Dirigé par Igor Setchine, un intime du président russe, Vladimir Poutine, le géant pétrolier russe (dont l’Etat détient la majorité du capital et Glencore 0,5%) pâlit en comparaison de son concurrent direct, l’américain ExxonMobil. La valorisation boursière de Rosneft (60 milliards de dollars) est 5,5 fois inférieure à celle de son concurrent, pour une production équivalente et des réserves prouvées deux fois supérieures. En outre, Rosneft, qui s’est constitué sur les actifs de Yukos acquis au rabais, a accumulé une dette estimée entre 73 et 81 milliards de dollars.

L’autre revers de la médaille, c’est que le secteur d’Etat dévorerait désormais jusqu’à 70% de l’économie russe. Le dernier exemple en date a été l’acquisition de la plus importante chaîne de supermarchés du pays (Magnit) par la banque d’Etat VTB. Si, en 2004, l’Etat ne représentait que 30% du capital des banques russes, il est monté aujourd’hui à 60%. Et surtout, l’embellie des groupes publics n’empêche pas l’économie de stagner – croissance de 1,5% en 2017 – ni le tassement des revenus réels de la population, qui déclinent depuis 4 ans.

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