Analyse

Emmanuel Macron, ni libéral, ni «hollandiste»

Les propositions présidentielles de l’ancien ministre français de l’économie conservent à l’Etat une place centrale. Ses différences avec le candidat Hollande de 2012 sont néanmoins importantes

Emmanuel Macron est-il, en matière de programme économique, l’héritier de François Hollande? Même s’il a déclaré, jeudi, «assumer une partie du bilan» du quinquennat écoulé, le candidat du mouvement «En Marche!» à la présidentielle française se différencie nettement avec l’approche du vainqueur socialiste de 2012. Sans, pour autant, lorgner trop du côté de la droite libérale. Qu’en retenir?

1. Son programme de «transformation» prendra du temps

L’ancien ministre de l’économie mise beaucoup sur sa jeunesse (39 ans) et sur sa fine connaissance des enjeux du numérique et de la «French Tech» pour incarner le changement. Son programme en 40 fiches thématiques ne préconise toutefois aucune rupture brusque. En matière de retraites, l’intéressé entend faire ainsi «converger l’ensemble des régimes, publics et privés vers un système universel» dont la règle sera: «Cotiser un euro et recevoir les mêmes droits».

Il se refuse en revanche à annoncer le changement de l’âge de départ à la retraite à taux plein, et à envisager un allongement de la durée de cotisation (42 ans). Idem pour l’assurance-chômage: le candidat veut la faire financer à l’avenir par l’impôt et non par les cotisations sociales et la rendre plus conditionnelle. Mais il ne propose pas une dégressivité des allocations. Sachant que ces sujets devront faire l’objet de grands projets de lois, soutenus par une majorité parlementaire solide, la démarche du candidat à la présidentielle est donc très prudente.

2. Moins centré sur l’entreprise, plus ciblé sur la lutte contre les inégalités

Emmanuel Macron ne croit pas à la nécessité de tout chambouler pour renforcer l’attractivité entrepreneuriale de France. Il veut avant tout permettre à l’économie hexagonale de créer des emplois nouveaux. Les gestes envers les entreprises sont la réduction de l’impôt sur les sociétés de 33,3 à 25%, et la flexibilisation accrue du marché du travail. C’est là une différence de taille, essentielle, avec François Hollande, venu sur ce terrain timidement, à la fin de son quinquennat, après s’être fait élire contre la finance.

Emmanuel Macron propose de poursuivre l’assouplissement des 35 heures et de créer des «emplois francs», qui permettraient aux entreprises de bénéficier d’exonérations si elles embauchent des jeunes des 200 quartiers défavorisés classés «prioritaires». Sa proposition de supprimer 80% de la taxe d’habitation payée en France par tous les occupants d’un bien immobilier vise surtout à redonner de l’oxygène à la classe moyenne.

3. Un Etat capable de transformer l’économie

Pur produit de la haute administration française, passé par l’ENA et l’inspection des finances, Emmanuel Macron raisonne à partir de l’Etat. Illustration: son plan de 50 milliards d’euros d’investissements publics, dont quinze milliards seront consacrés à la transition énergétique et écologique et 15 autres millions à la formation la plus individualisée possible. Ce qui nécessitera, dans les deux cas, une capacité accrue de surveillance et d’encadrement des pouvoirs publics.

Sa proposition de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans (pondérée par la création de 10 000 postes de policiers) n’est pas non plus de nature à dégraisser vraiment le mammouth étatique tricolore (la France détient le record d’emplois publics en Europe avec 5,6 millions de fonctionnaires ou assimilés).

4. La finance n’est plus l’ennemie

C’est le point essentiel qui différencie son programme de l’approche socialiste de François Hollande en 2012. A titre personnel, Emmanuel Macron a d’ailleurs répété plusieurs fois durant sa conférence de presse de jeudi qu’il était «fier» d’avoir été quatre ans banquier d’affaires chez Rotschild.

Son programme ne comporte aucune proposition de hausse d’impôts pour les ménages les plus riches, et suggère juste de poursuivre l’effort du quinquennat sortant en matière de lutte contre l’évasion fiscale. Contrairement à François Fillon, l’ancien ministre de l’économie ne veut pas supprimer l’Impôt de solidarité sur la fortune, qu’il propose de réserver seulement aux «rentes immobilières».

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