Une fois n’est pas coutume, le service public peut être une source d’inspiration pour le monde des affaires!

De Françoise Nyssen, 66 ans, venant de la société civile, présidente du directoire des Editions Actes Sud, ministre de la Culture – en passant par un énarque à fort potentiel, François-Xavier Lauch, 33 ans, chef de cabinet – à Sibeth Ndiaye, 37 ans, responsable communication et presse, originaire du Sénégal… Pour le président français, la compétence n’a pas d’âge, ni de sexe, ni de couleur, ni de couleur politique d’ailleurs.

En parallèle, en Californie, Apple se réveille et nomme sa première vice president of Inclusion & Diversity, Denise Young Smith. Un exploit! En effet, depuis deux ans, le conseil d’administration refusait la proposition d’un investisseur d’augmenter le nombre de minorités en son sein et pour les positions de leadership. Quelle ironie!

La Silicon Valley, Hewlett-Packard en tête, était pionnière au début des années 1990 et a créé ce métier. Il s’agissait de faire une réelle place aux femmes dans le monde du travail, mais aussi de veiller à l’intégration des communautés afro-américaines, asiatiques et des travailleurs handicapés.

Les débats étaient d’ailleurs houleux entre les Américaines pragmatiques qui militaient pour la mise en place de quotas et les Françaises idéalistes (filles et petites-filles de Simone de Beauvoir) qui se sentaient insultées par une telle approche.

Deux décennies plus tard, la situation actuelle donne raison aux Américaines. Sans quotas, objectifs clairs et transparents, rémunérations liées à l’atteinte de ces objectifs, mesures quantitatives, il ne se passe rien. Les biais inconscients ou conscients reprennent tous leurs droits. La preuve en est, la Silicon Valley est aujourd’hui un repère d’hommes blancs ingénieurs.

Pourtant, dans son dernier rapport 2017 Global Human Capital Trends, le cabinet Deloitte rappelle que les organisations qui pratiquent une politique inclusive dans leur recrutement, gestion des talents, promotion et développement des leaders, génèrent 30% de plus de chiffre d’affaires par employé et ont une meilleure productivité que leurs concurrents. Il souligne également que la responsabilité de la «Diversité & Inclusion» ne doit en aucun cas être déléguée totalement à une vice-présidente spécialisée ou à une Chief HR Officer, mais doit être incarnée par le président et son comité de direction. Il semble qu’Emmanuel Macron en ait pris bonne note.

Pour exceller dans ce rôle, il convient d’avoir soi-même réconcilié les différentes valeurs, identités, contradictions qui nous composent, d’être conscient de sa propre diversité. S’agissant du président français: éducation dans un milieu bourgeois provincial et influence d’une grand-mère institutrice, férue de belles lettres et de musique classique, formation le destinant à la fonction publique et expérience dans le secteur privé, choix amoureux et part de féminité totalement assumés…

Au moment d’accéder au pouvoir suprême, il met un point d’honneur à respecter la parité, à s’entourer de gens meilleurs que lui, à reconnaître l’expérience des plus âgés et à faire le pari de l’enthousiasme des plus jeunes. Gageons que son exemple fasse tache d’huile et inspire non seulement ses ministres mais tout manager s’attelant à la construction d’une équipe gagnante.