Après s'être hissé en une décennie au rang de leader sur le marché suisse des produits laitiers et du fromage, le groupe Emmi entre en Bourse pour financer son expansion à l'étranger. Le groupe lucernois prévoit de lever de 90 à 100 millions de francs dans le cadre de cette opération agendée le 6 décembre prochain, ainsi qu'il l'a annoncé mardi.

La transaction valoriserait le groupe lucernois entre 470 et 530 millions de francs, soit environ dix fois son bénéfice d'exploitation (EBIT) en 2003. A titre de comparaison, son concurrent français Bongrain se traite actuellement à 6,3 fois le bénéfice d'exploitation 2003. Pour séduire les investisseurs peu tentés par ce marché, Emmi prévoit d'améliorer dès 2005 ses dividendes en rehaussant le taux de distribution à 25-30% (9,7% en 2003) sur la base d'une croissance organique (donc sans acquisitions) de 2 à 3% par année.

Depuis la création de la société en 1993, par la séparation des activités commerciales de l'Association des producteurs de lait de Suisse centrale (ZMP), Emmi a multiplié son chiffre d'affaires par quatre à 1,9 milliard de francs l'an dernier. «Cela nous confère une taille critique suffisante pour nous mesurer avec les plus grands en Europe. La compétition stimule et requiert la qualité», n'a pas manqué d'expliquer mardi à Zurich Fritz Wyss, président du conseil d'administration et homme clé de l'essor du groupe ces dernières années.

Nouvelles mesures de réduction des coûts

Ce dernier compare d'ailleurs la société au champion de tennis Roger Federer, qu'elle parraine pour la promotion de la marque et de l'un de ses produits les plus «tendance» dans les boissons fraîches, le «Caffè latte». C'est donc par une approche articulée sur l'innovation et les marques qu'Emmi entend déployer sa stratégie d'expansion internationale.

Fritz Wyss ne cache pas que l'offensive des distributeurs allemands à prix cassés Aldi et Lidl va sans doute peser sur les marges de rentabilité des produits laitiers en Suisse. Ce qui nécessitera de nouvelles mesures de réduction des coûts. De son côté, le responsable du marketing se déclare convaincu qu'à côté du positionnement bon marché visé par les hard-discounters allemands sous le slogan «geiz ist geil», («l'avarice c'est chic») il existe un potentiel majeur en Europe sur le segment des produits de qualité «premium». «Le fromage produit en Suisse et vendu avec le Cervin en arrière-plan a les mêmes chances de succès que le chocolat, à condition de miser sur l'innovation», assure le patron du groupe lucernois.

Emmi domine en effet le marché suisse de la distribution du fromage (notamment celui de l'emmental), confronté à des surcapacités latentes. Il en est même devenu le premier exportateur (60%) depuis le rachat de Swiss Dairy Food. Les spécialités fromagères génèrent d'ailleurs 49% des ventes du groupe mais, selon des estimations, un quart seulement de ses bénéfices. Emmi ne dévoile d'ailleurs pas la rentabilité de ses trois métiers clés. La plus rentable de ses trois divisions, celle des «produits frais» (24% du chiffre d'affaires du groupe), centrée sur les yaourts, boissons lactées et aliments santé (alicaments), etc. est portée par de constants mais coûteux efforts d'innovation.

Les fonds procurés par l'entrée en Bourse serviront essentiellement à financer des acquisitions à l'étranger. C'est en Allemagne, en Autriche, en Italie, aux Etats-Unis et au Canada que les perspectives sont considérées comme les plus favorables (la consommation de yaourts n'est que de 4 kg par habitant en Italie, contre 20 kg en Suisse). Des coopérations sont également envisagées pour développer des segments de produits au plan mondial, comme celle qui vient d'être signée avec le français Bongrain: ce dernier a pris une participation minoritaire dans la filiale d'Emmi spécialisée dans les fondues prêtes à l'emploi.