Emmi a pu éviter des délocalisations

Produits laitiers Le groupe lucernois affiche une progression de son bénéfice semestriel

Hier, en quelques minutes, le cours de l’action Emmi a bondi de 5,8% à l’ouverture de la bourse, avant de clôturer en hausse de 8,6%, à 349 francs.

C’est le résultat de l’annonce, une semaine plus tôt que prévu, des résultats semestriels du groupe laitier lucernois, dont 44% du chiffre d’affaires – qui s’élève à 1,56 milliard de francs – a été réalisé à l’étranger.

La progression des bénéfices, dans un contexte de forte pression sur le franc, a été particulièrement relevée par les analystes financiers. La marge bénéficiaire brute s’établit à 34,5%, contre 33,3% durant la période comparable précédente. Corrigé des effets spéciaux, le bénéfice brut d’exploitation EBITDA progresse de 7,4%, à 142,5 millions de francs, le bénéfice EBIT augmente de 14,3% à 84,9 millions, et le bénéfice net de 3,1%, à 46,6 millions.

Modifications de prix

L’effet franc fort, a priori marqué pour une entreprise exportatrice comme Emmi, se reflète sur le chiffre d’affaires, en recul de 3,8%. Les effets de change ont eux contribué à une réduction de 3,5% de ce dernier. Quelle est la recette d’Emmi pour contrer les effets du franc fort? «Nous avons agi rapidement par diverses mesures com­me des augmentations de prix à l’étranger, une adaptation du prix du lait à la baisse en Suisse, et des programmes d’économies dans toutes nos usines», explique Urs Riedener, directeur général du groupe, dans la lettre aux actionnaires accompagnant la présentation des résultats.

Les ventes d’activités rentables quelques mois avant la décision de la Banque nationale suisse de lever le taux plancher face à l’euro a aussi joué un rôle dans la résistance du groupe lucernois au choc de la force du franc. Emmi a ainsi cédé la société italienne Trentinalatte en octobre 2014, ce qui a conduit à un amortissement de 42,7 millions de francs, puis a vendu Emmi Penn Yan aux Etats-Unis, usine spécialisée dans la fabrication de produits laitiers aseptiques.

Emmi a pu compenser la baisse de ses activités en Suisse par une progression à l’étranger, notamment en Amérique du Nord, avec une augmentation de 5,5% des ventes de fromage fabriqués sur place et importés, et en Europe, dans des pays comme la Grande-Bretagne ou l’Autriche.

Tourisme d’achat

En Suisse, Emmi a dû faire face, en raison du franc fort, a un report de la consommation sur les fromages importés, et au tourisme d’achat. Le groupe est touché par les difficultés du commerce de détail. Le chiffre d’affaires dans le secteur du fromage a reculé de 6%, à 237,4 millions de francs, dans un contexte de hausse de 7,8% des importations. Globalement, les ventes d’Emmi en Suisse ont diminué de 3%, à 874,2 millions de francs.

La direction du groupe a renoncé à envisager des mesures de délocalisation ou une modification des conditions de travail en Suisse. «Nous avons ainsi pu maintenir la motivation des collaborateurs», souligne Urs Riedener, lorsqu’il énumère les facteurs qui ont conduit aux bons résultats d’Emmi. Près de 12 millions de francs d’économies ont été réalisées. Les principales concernent la réduction des dépenses logistiques, d’énergie et de marketing. Les charges de personnel sont restées stables, à quelque 202 millions de francs.

Le prix du lait, en particulier l’augmentation de la différence entre le prix suisse et européen, est signalé comme une difficulté supplémentaire par le groupe. En un an, le prix du lait industriel suisse a baissé de 10 centimes, à 55 centimes le kilo, mais il a chuté de 16 centimes en Allemagne, à 30 centimes le kilo.