Depuis quelques mois, Internet n'est plus à l'honneur auprès des financiers. Mais cette situation n'a pas l'air d'alarmer les fondateurs de eMonkey, qui viennent de lancer officiellement leur site sur le Net. Et pour une raison bien simple: c'est dans les transactions entre entreprises qu'ils ont développé une offre originale en Suisse, le seul segment de marché encore porteur aujourd'hui dans le domaine Internet. Le concept de eMonkey repose sur une idée simple: décharger les entreprises du travail de singe, autrement dit ce qui prend du temps et ne rapporte rien, comme l'achat de matériel de bureau, d'eau minérale, de billets d'avion ou la réservation de chambres d'hôtel.

«Acheter des produits et services non stratégiques est une opération qui entraîne de nombreux coûts administratifs, développait jeudi en conférence de presse Sue Putallaz, cofondatrice de eMonkey. Une étude réalisée par Cegos démontre que les frais généraux d'une compagnie représentent aujourd'hui 17,7% de son chiffre d'affaires et mobilisent 21% de ses effectifs. Certaines grandes sociétés, comme UBS et SAirGroup, l'ont compris. C'est pourquoi elles n'hésitent pas à effectuer d'importants investissements afin d'automatiser ces fonctions secondaires.»

C'est précisément dans ce créneau que eMonkey veut se profiler, en offrant aux PME la possibilité d'obtenir les mêmes facilités via Internet. D'autant qu'une étude menée conjointement par PricewaterhouseCoopers et SAP a fourni la preuve qu'une économie de 70% peut être réalisée sur chaque transaction en utilisant des solutions telles que celles développées par cette start-up. La London Economics va même jusqu'à chiffrer les gains administratifs et tarifaires réalisables - 570 000 francs par année pour une entreprise de moins de 20 employés, voire même 1,5 million si sa taille dépasse les 200 collaborateurs.

En ce sens, eMonkey a mis sur pied une place de marché virtuelle, où les entreprises peuvent venir faire leurs emplettes de manière globale avec une facturation mensuelle unique à la clé.

Objectif: 45 millions de chiffre d'affaires

La société, qui se rémunère grâce à une rétrocession de 10% en moyenne concédée par les fournisseurs sur chaque transaction, obtient en outre des rabais de l'ordre de 20% au bénéfice des entreprises clientes du site. Pour l'instant, les quelque 60 compagnies qui ont recours aux services de eMonkey peuvent y trouver du matériel de bureau, des boissons et des composants informatiques. La société voit les choses en grand. Elle va progressivement intégrer d'autres prestations en termes de voyages d'affaires, d'assurances et de réservations d'hôtels, pour un public cible qui devait atteindre les 2500 entreprises en 2002 pour un chiffre d'affaires de 45 millions, son seuil de rentabilité.

Fondée à Sierre en août 2000 avec un capital de 100 000 francs, eMonkey aura mis six mois pour réaliser son site et nouer les contacts nécessaires pour l'alimenter. Son développement a reçu un soutien fédéral de 240 000 francs, via la Commission pour la technique et l'innovation, qui lui a décerné son label CTI start-up. La société a également été la première sélectionnée par PricewaterhouseCoopers pour faire partie de son incubateur. Aujourd'hui, eMonkey est à la croisée des chemins en termes financiers. Face à l'impossibilité de lever des fonds auprès des spécialistes du capital-risque, l'entreprise s'est tournée vers des partenaires potentiels. Des discussions sont en cours avec un groupe intéressé à prendre une participation majoritaire dans eMonkey, afin de fidéliser sa clientèle. Une reprise n'est pas exclue.