Revue de presse

Emploi en Europe: la crudité des chiffres annoncés par General Electric

Ce n'est pas avec la suppression de 1700 postes en Allemagne, 570 au Royaume-Uni et 1300 en Suisse que GE devrait susciter les pires controverses. Mais bien avec les 765 en France, si peu de temps après l'absorption de l'ex-fleuron Alstom

«J’espère qu’on peut redémarrer après ce choc»; non, la Suisse n’est pas sacrifiée, selon lui, c’est «un cycle naturel»… Le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, qui a fait de l’emploi une priorité pour son année de présidence de la Confédération, était bien emprunté mercredi soir dans le Forum radiophonique de la RTS pour commenter les places de travail perdues en Suisse avec la fusion entre General Electric (GE) et Alstom, le fleuron tricolore déchu: près d’un quart, et un total de 17% en Europe.

GE opère sa «révolution post-industrielle», selon ce qu’expliquait le Financial Times (FT) il y a deux jours à peine. Mais Colbert, lui, «n’est pas Bernois», et «JSA» ne peut pas être «un ministre du ronflement productif», disait le journaliste de la RTS. Bref, «après deux mois d’angoisse», précise de son côté la Tribune de Genève, les 5500 collaborateurs d’Alstom Suisse, repris par General Electric (GE) le 2 novembre (...) savent maintenant à quelle sauce ils vont être mangés. Et elle n’a pas bon goût.»

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En France, ce «choc» est tout aussi palpable. Comme «JSA», le leader mondial des grands équipements électriques reconnaît lui aussi qu’il s’agit, explique Le Monde, «d’une étape nécessaire pour accroître la compétitivité des activités de l’ancien Alstom». Mais il invoque également «la déprime du secteur»: «Il est atone en Europe, où les compagnies d’électricité (EDF, Engie, ENEL, E.ON…) passent moins de commandes, mais également dans les pays émergents, qui diffèrent de coûteux investissements malgré leurs énormes besoins en énergie.»

On paie «les manques du passé», selon la Neue Zürcher Zeitung. «Cela concerne moins GE qu’Alstom, qui a longtemps pu se cacher derrière une politique industrielle française irréaliste.» Et qui «a longtemps fermé les yeux devant la réalité», refusant de voir que «le marché des turbines devait être restructuré». Il y a une année et demie, la Frankfurter Allgemeine Zeitung disait que «la perte d’indépendance» du groupe français illustrait «le recul de l’industrie dans l’Hexagone».

Selon L’Est républicain, «l’Espagne et l’Italie seront également affectées, avec 500 et 250 postes supprimés». Belfort est certes «préservé» pour l’heure, «mais pour combien de temps?» se demande le quotidien régional. Le FT, lui, voit bien qu’avec ces 6500 jobs qui sautent en Europe, GE risque d’aller au clash «avec plusieurs gouvernements et syndicats».

Dans le détail, ce n’est pas, selon le quotidien de la City, avec les 1700 postes en Allemagne, les 570 au Royaume-Uni et les 1200 en Suisse, mais avec les 765 en France qu’il «suscitera la controverse la plus délicate». Parce qu’Emmanuel Macron avait dit qu’il «surveillerait étroitement les intentions de GE de créer des emplois en France». D’ailleurs, membre du Front national, le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier, fils d’un ouvrier électricien, ne mâche pas ses mots:

En France, cela avait permis au ministre de l’Economie de jurer «zéro licenciement». Des effets d’annonce qui n’auront eu, on le constate aujourd’hui, aucun effet.» Et le précédent, Arnaud Montebourg, dit L’Obs, avait promis «une alliance entre égaux». «Loué […] pour sa capacité de stratège, on comprend» qu’il «se soit senti pousser des ailes…» ironise LaTribune.fr. Alors, «comme souvent, le sujet pourrait vite devenir politique, prévoit La Croix. Le gouvernement sera «comptable» des engagements de GE, affirmait le 13 janvier son porte-parole, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll.»

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Les Echos, pour leur part, rappellent que «voilà près de deux ans, Patrick Kron pointait la menace d’un «bain de sang social», quand il repoussait le scénario d’un rachat de la division Energie d’Alstom par Siemens. «Avoir un emploi durable est plus important que la nationalité de l’employeur», justifiait encore, fin 2015, le PDG de l’équipementier français, qui était allé chercher l’américain GE pour sauver Alstom. Deux mois et demi après l’acquisition effective des activités Energie d’Alstom, la réalité des chiffres est plus crue.»

Enfin, Le Matin de Lausanne relève surtout que «l’Europe pleure ses emplois, mais que «Boston se réjouit», car «le groupe américain ne s’arrête pas là»: «Dans sa recherche de profits, il a annoncé qu’il déménageait et centralisait son siège à Boston. Pour obtenir des avantages fiscaux.»

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