En vendant Fibertec à Filtrona en septembre 2003, Baumgartner avait privilégié l'offre qui donnait «les meilleures garanties pour la pérennité des activités». Hier, les employés du fabricant de filtres de cigarette, quelque 150 personnes, se sont mis en grève: ils estiment leur avenir en danger.

«La direction refuse de nous donner les garanties que nous demandons depuis plusieurs semaines», s'insurge Beatriz Rosende. La syndicaliste de Comedia attend la signature d'un contrat collectif de travail qui assure les conditions d'emploi actuelles, ainsi que la négociation pour deux ans supplémentaires d'un plan social équivalent à celui qui est en vigueur jusqu'au 31 décembre, arrangé avec Baumgartner. Depuis septembre, les cadences se sont ralenties. Le carnet de commandes de janvier est loin d'être rempli. Une vingtaine de personnes sont parties, en préretraite ou de leur plein gré avec primes à la clé. Enfin, l'usine, louée à Baumgartner, recourt de plus en plus aux intérimaires.

Une employée se désole de voir venir des travailleurs anglais se former sur les machines de Crissier avant que celles-ci ne soient déménagées en Grande-Bretagne. «Deux sont déjà parties, une troisième doit suivre, si nous laissons faire», lâche-t-elle, en assurant que le nouveau propriétaire pille le savoir-faire suisse.

Filtrona (filiale de l'anglais Bunzl) occupe une position de leader mondial sur le marché des producteurs indépendants de filtres de cigarette. En avril dernier (LT du 10.04.2004), son directeur pour la Suisse prévoyait des investissements «significatifs» à Crissier. Quelques semaines plus tard, il quittait ses fonctions. Son successeur, Dylan Jones, vient de Filtrona en Italie, dont le site de Roverto a fermé en début d'année. Il est resté injoignable hier. La direction du groupe à Londres n'a pas souhaité répondre à nos questions. Les employés doivent se prononcer ce mercredi à 13 h sur la poursuite de leur mouvement.