France Télécom a annoncé mardi les modalités de son émission obligataire record. Avec un montant équivalent à 16,4 milliards de dollars (27,1 milliards de francs}, il s'agira de la plus importante levée de fonds réalisée par une entreprise privée sur le marché obligataire. Le précédent record était détenu par Deutsche Telekom, qui avait réussi à lever 14,6 milliards de dollars en juin dernier.

Pour attirer un maximum d'investisseurs, cette émission multi-devises ne comportera pas moins de sept tranches. Quatre seront libellées en dollars, pour des durées de deux, cinq, dix et trente ans. Le montant total de ces émissions atteindra 9 milliards de dollars. Parmi les trois tranches restantes, deux seront libellées en euros avec des échéances 2004 et 2008 et une en livres sterling de maturité 2011. Le montant total de l'émission, qui devait initialement s'établir entre 7 et 8 milliards de dollars, a été doublé pour répondre à la forte demande des investisseurs.

«Papiers à spreads»

Selon des analystes, le bon accueil du marché s'explique par les rendements généreux proposés par France Télécom. Dans un environnement de taux d'intérêt bas et de cycle de baisse des taux directeurs des banques centrales, les investisseurs tendent en effet à rechercher des «papiers à spreads», autrement dit des titres qui, compte tenu d'un risque de non remboursement plus important, offrent une rémunération plus attrayante que celle des emprunts d'Etat. Or, outre des primes attrayantes, l'émission de France Télécom va offrir une clause de rehaussement de coupon en cas de dégradation de la qualité de crédit («step-up coupon»), vraisemblablement de 25 points de base par cran et par agence de notation (Standard and Poor's et Moody's). France Télécom n'avait pas proposé cette clause en octobre lors d'une émission pour l'équivalent de 5,11 mds EUR.

Conditions de marché assombries

L'opérateur comptait alors s'accrocher à un niveau de notation d'au moins «A». Mais entre-temps, les conditions de marché se sont assombries. Après l'introduction en Bourse moins juteuse que prévu de sa filiale mobile Orange, Moody's a abaissé en février la note à long terme de France Télécom de «A1» à «A3» et Standard and Poor's de «A» à «A-».