E-partage

Emprunter plutôt qu’acheter, grâce 
à Pumpipumpe

Le site web bernois propose 
des autocollants représentant 
les objets que l’on est d’accord de prêter 
à ses voisins. Il suffit de les coller 
sur sa boîte aux lettres. Tous les mercredis de l'été, «Le Temps» explore les coulisses de l'économie de partage

Pourquoi acheter une perceuse pour monter un meuble, un scarificateur pour entretenir un gazon une fois par année ou une tente pour aller camper juste un week-end? Lesdits objets ne serviront probablement qu’une ou deux fois. C’est tellement plus simple de les emprunter à son voisin, comme le propose le site Pumpipumpe.

Née à Berne il y a trois ans et demi, cette association propose, via sa plateforme web, de commander des autocollants et de les coller sur sa boîte aux lettres pour signaler à son entourage ce que l’on est d’accord de prêter. Pour l’envoi des vignettes, une participation aux frais de 5 francs est demandée.

Sur le site Pumpipumpe, un plan répertorie tous les adeptes de ces stickers qu’ils sont censés coller sur leur boîte aux lettres. Les noms n’y sont pas mentionnés, seules les adresses y figurent. C’est ainsi dans les rues de Lausanne qu’a démarré la recherche d’un four à raclette. Contrairement aux indications figurant sur le site web, aucun signe d’autocollant à la rue Marterey 50, ni à la rue Caroline 10. A la rue Etraz 10, on aperçoit l’objet stylisé à travers la porte vitrée de l’entrée, mais celle-ci reste close. Pas de succès à la rue Mauborget 3 ou la rue Pichard 11. Il s’avère difficile de trouver les adeptes de cette économie de partage entre voisins.

Pourtant, dans le bourg de Lutry (VD), à la Grand-Rue 22, on obtient une explication. Sonya Florey, 39 ans, raconte: «J’ai mis des autocollants sur ma boîte aux lettres pour signifier que je prêtais volontiers à mes voisins mon mixer, ma balance, mon caquelon à fondue, des outils, des livres et un wok. Après quelques semaines, la concierge les a arrachés. Je vais m’adresser à la régie pour pouvoir en coller de nouveaux», témoigne-t-elle.

Succès à Berlin

Ces quelques semaines ne lui ont pas permis d’expérimenter le principe Pumpipumpe. «Cela correspond à l’idée que l’on se fait de la consommation. Comme nous habitons dans une maison avec seulement quatre appartements, nous sonnons directement à la porte des voisins si l’on a besoin d’un objet. Dans un immeuble où les gens ne se connaissent pas forcément, ces autocollants peuvent certainement faciliter et créer des liens avec le voisinage», estime-t-elle.

C’est le but visé par Pumpipumpe, qui signifie «prête-moi ta pompe à vélo» en dialecte alémanique. «Nous sommes partis du constat qu’il y a souvent en ville une certaine gêne à oser sonner chez ses voisins lorsqu’on requiert leur aide, explique Sabine Hirsig, une des initiatrices du projet. Pumpipumpe veut amener à réfléchir sur la manière dont nous utilisons les biens de consommation. Est-il nécessaire d’acheter des objets dont on se sert peu quand on peut se les prêter? Nous laissons définir les conditions. Très souvent, cela se fait gratuitement. En retour, on offre une part de gâteau ou une autre petite attention.»

Sabine Hirsig et ses collègues sont parvenus à exporter le concept. Dans certaines villes, ces autocollants seraient plus en vue qu’à Lausanne. Ils seraient particulièrement appréciés des Berlinois. «Le système y marche très bien auprès de toutes les catégories socioprofessionnelles, tous âges confondus. Beaucoup d’utilisateurs commandent des autocollants vierges et inscrivent des petites phrases pour signaler qu’ils sont prêts à promener les chiens ou nourrir les animaux de compagnie», fait remarquer Sabine Hirsig.

En outre, Pumpipumpe a créé des émules. Par exemple, la plateforme genevoise Tryngo a aussi lancé un concept de partage de biens depuis un site. Elle invite les utilisateurs à mettre à disposition des autres ce qu’ils possèdent. En revanche, une somme modique est généralement demandée pour emprunter un objet.

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