Une fin rapide des enchères allemandes pour l'achat de licences de téléphonie mobile UMTS ne semblait pas en vue lundi malgré l'abandon de l'un des sept candidats, le total des offres dépassant dorénavant le niveau atteint en Grande-Bretagne.

A la clôture de la journée, les enchères atteignaient 39,881 milliards d'euros. En avril au Royaume-Uni, elles avaient pris fin sur un total - jugé alors déjà largement excessif par les professionnels - de 22,5 milliards de livres, soit 38,5 mds EUR selon les taux de change de l'époque.

En théorie, les enchères auraient pourtant pu s'arrêter dès le premier round lundi matin si les candidats avaient accepté de se contenter chacun d'une licence à deux blocs de fréquence. Il y a en effet 12 blocs de fréquence à vendre, et plus que six candidats en lice depuis l'abandon vendredi soir de Debitel, filiale de Swisscom. Mais les groupes ne l'entendent visiblement pas de cette oreille: non seulement même les candidats considérés comme financièrement les plus faibles n'ont pas l'intention, disent-ils, de prendre la porte, mais ils font preuve d'un féroce appétit.

Ainsi le consortium 3G (Telefonica/Sonera), que les observateurs s'attendent à voir prochainement jeter l'éponge, n'a pas hésité à montrer ses muscles. Il était à la clôture à la tête de l'offre la plus élevée.

«Nous avons plus de souffle et davantage de moyens financiers que les autres», a indiqué un porte-parole de Telefonica au cours du week-end.

Les analystes se montrent moins optimistes: pour Ralf Hallmann, de la Bankgesellschaft Berlin, «la question est quand 3G sortira (des enchères) et comment les candidats restants se comporteront après. Jusqu'ici aucune stratégie d'offre n'est visible», a-t-il estimé. Volker Nitsch, analyste de Bayerische Landesbank pense aussi que 3G devrait abandonner bientôt, mais souligne que les enchères pourraient durer jusqu'à la fin de la semaine ou plus.

L'allemand Viag Interkom, en revanche, a indiqué lundi qu'il ne visait plus que deux blocs de fréquence, trahissant ainsi de premiers signes de faiblesse.

Deux à trois blocs de fréquence pour une licence «On ne peut pas prévoir comment cela va continuer», relevait pour sa part Klaus-Dieter Scheurle, le président de l'Autorité de régulation des télécoms après deux nouveaux rounds lundi matin, soulignant que personne ne semblait décidé à abandonner pour le moment. «Si rien ne change (dans la stratégie des groupes), cela pourrait durer encore plusieurs jours» a-t-il dit.

Une licence pourra compter deux à trois blocs de fréquence. Pour les gros groupes, le facteur taille est significatif: ïl est important d'en emporter trois si l'on veut s'attaquer à une plus grande masse de clients», souligne M. Scheurle. De plus, le fait d'en avoir trois «réduit la progression des coûts de lancement et permet d'offrir davantage de services multimédia aux clients», a-t-il expliqué.

Reste à savoir si un tel prix permettrait jamais aux groupes de rentrer dans leurs frais: certains, comme le chef économiste de la Dresdner Bank, Klaus Friedrich, tirent d'ores et déjà la sonnette d'alarme: «C'est un prix qui est trop élevé. A ce niveau, cela devient une absurdité», a-t-il déclaré.

Les sociétés s'exposent à long terme à un danger de faillite, selon lui: elles «doivent regagner ces sommes. Cela ne peut se faire que grâce à une meilleure productivité ou à des prix plus élevés», a-t-il prévenu.

La décision de l'Autorité de modifier les règles de surenchères à partir de mardi devrait contribuer à ralentir la progression des prix: les candidats ne devront plus surenchérir que de 5% au moins sur la mise précédente, contre 10% minimum jusqu'ici.