«Endettez-vous.» Il y a de quoi rester légèrement incrédule devant cette nouvelle injonction du Fonds monétaire international. Chantre de l’austérité pendant des décennies, il nous avait habitués au discours opposé, où accumulation de dettes rimait avec débâcle économique.

En réalité, le changement de dogme est plus progressif qu’il n’y paraît. C’est au moment de la crise de l’euro, au début des années 2010, que l’institution a commencé – avec d’autres – à se rendre compte que le lien entre endettement public et croissance bridée n’était pas aussi clair qu’on l’avait dit jusque-là. La faute, notamment, à une erreur de calcul de deux grands spécialistes des finances publiques, qui avait conduit à complètement surestimer cette relation. Et peut-être aussi à une obstination intellectuelle mal placée.

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Eviter les dommages irrémédiables

La remise en question de ce dogme arrive à point nommé. On le voit dans cette crise et dans les perspectives économiques de ces prochains mois: les pays les plus agressifs dans la relance économique et où les banques centrales ont été les plus promptes à agir sont aussi ceux qui s’en sortent le mieux. En d’autres termes, l’intervention des pouvoirs publics s’est révélée cruciale pour éviter que des dégâts provisoires ne se transforment en dommages irrémédiables, comme des faillites qui en entraînent d’autres, puis des licenciements en série. La logique est implacable mais, dans le sillage de la crise de 2008, les Etats-Unis l’avaient mieux compris que l’Europe, qui a mis beaucoup plus de temps à se relever.

L’histoire ne s’arrête malheureusement pas là. La suite risque d’être délicate. Si, aujourd’hui, peu contestent le besoin d’intervention des pouvoirs publics, il est difficile de ne pas entrevoir le problème qui se posera demain: comment va-t-on gérer cette montagne de dettes?

Inégaux face à l’ardoise

Plusieurs facteurs entreront en ligne de compte. D’abord, nous ne sommes pas plus égaux face au covid lui-même que face à l’ardoise que la pandémie laissera. La Suisse, dont les finances étaient particulièrement saines avant que la crise n’éclate, n’est pas à plaindre. Beaucoup de pays occidentaux dont l’endettement était déjà important n’ont pas cette chance. C’est pire encore pour nombre d’Etats en développement, pour qui la question d’un allégement de la dette devra se poser.

Ensuite, l’ampleur des mesures prises comptera. Les pays ont paré au plus pressé mais certains ont poursuivi leur effort en mettant en place des plans de relance à même de susciter de nouveaux relais de croissance et, ainsi, rendre le fardeau de la dette moins lourd. Enfin, il faudra trouver le moment adéquat pour resserrer les cordons de la bourse. Sans retomber dans les dogmes du passé, qui mettraient un coup d’arrêt brutal à la reprise.