L’entreprise familiale Endress + Hauser est inconnue du public. Mais si vous prenez une douche, si vous vous brossez les dents, si vous possédez une voiture, vous utilisez forcément les produits de la société bâloise. Ses clients ne sont pas les consommateurs finaux mais des entreprises, principalement dans les industries alimentaire, pharmaceutique, pétrolière, chimique, les matières premières, les centrales électriques et le traitement de l’eau. Elles ont toutes besoin de mesurer le débit, le niveau, la pression, la composition, la densité ou la température des matières traitées.

L’analyse de l’infiltration d’eau au Gothard

En Suisse, le groupe participe à l’effort de drainage permettant de maintenir à sec le tunnel du Gothard. La construction doit non seulement supporter la pression de la roche, mais aussi prévenir l’infiltration d’eau de montagne. Selon la société, cinq litres d’eau usée sont évacués chaque seconde au sein de chacune des deux conduites d’évacuation.

Un autre projet emblématique d’Endress + Hauser se trouve à Abou Dhabi, où les réserves d’eau potable ne représentent que trois jours de consommation. Impliquée dans une initiative visant à élever le niveau des réserves à l’équivalent de 90 jours de demande, l’entreprise bâloise fournit 1800 instruments de mesure.

5200 emplois dans la région bâloise

Travaillant à 100% pour l’industrie, Endress + Hauser employait 12 952 collaborateurs en 2015, un chiffre en hausse de 517 par rapport à l’année précédente. Sur ce total, 5200 employés sont présents dans la région trinationale bâloise, y compris 1750 du côté suisse. «Les effectifs suisses se sont accrus de 740 collaborateurs en dix ans», fait valoir le porte-parole Martin Raab lors d’une interview, au siège du groupe, à Reinach, près de Bâle.

En Suisse, le premier employeur du groupe est Endress + Hauser Flowtec, à Reinach, avec 1070 collaborateurs, soit près de cinq fois plus que les 230 employés du holding pour les fonctions de support. Spécialiste de débimétrie, Flowtec est incontournable dans la certification du soutage maritime, par exemple à Singapour pour les tankers, cargos et chalutiers. Le comptage classique par jaugeage des réservoirs est incertain en raison du calcul de masse en fonction du volume, sujet à caution, ainsi que la teneur en air non prise en compte, selon la société.

Percée dans l’industrie des matières premières

Les capteurs d’Endress + Hauser ont la réputation d’être fiables et précis. Il s’agit par exemple de «débitmètres massiques Coriolis». Ce terme technique est employé si des tubes sont mis en vibration (forces de Coriolis) lorsqu’un fluide, par exemple du gazole, les traverse. La géométrie des vibrations des tubes est mesurée à l’entrée et à la sortie, pour en déduire le débit avec une précision extrême. Endress + Hauser profite de cette technique alors que les réglementations et la complexité se renforcent dans l’industrie pétrolière.

Même si l’entreprise parle d’une année 2015 mitigée en raison notamment de la vigueur du franc suisse, son chiffre d’affaires s’élève à 2,1 milliards de francs, en hausse de 6,5% sur un an. Son bénéfice net atteint 164,7 millions de francs, en recul de 14%. Il correspond environ au niveau des investissements (166 millions). Sa solidité financière s’exprime aussi par le ratio de fonds propres de 73%.

L’histoire du groupe

Endress + Hauser a été créée en 1953 à Lörrach, en Allemagne à la frontière bâloise, sous le nom de L.Hauser. Ses fondateurs étaient l’ingénieur suisse Georg Endress, 29 ans, et l’Allemand Ludwig Hauser, 58 ans, dont la chambre servait aussi de quartier général. Le nom de Endress + Hauser ne sera adopté qu’en 1957. Georg Endress présidera la société durant 40 ans avant de la confier à son second fils, Klaus. En 1995, elle compte 5000 employés et le chiffre d’affaires s’apprête à franchir la barre du milliard de francs.

A cette époque l’entreprise est implantée aux Etats-Unis depuis 15 ans et depuis près d’une décennie dans la plupart des pays asiatiques, y compris en Chine. Elle passera la barre des 10 000 employés en 2013. Depuis 2014, le président de la direction n’est plus un membre de la famille, tandis que le conseil d’administration est présidé par Klaus Endress. Aujourd’hui, chacun des huit enfants d’Alice et Georg Endress détient 12% de l’entreprise, les 4% restants ont été légués à une fondation.

Centres de production en Suisse

De structure décentralisée, le groupe compte 126 sociétés fabriquant plus de 2 millions de produits en flux tendus. «Rien n’est produit sans qu’il y ait une commande d’un client, mais celui-ci peut faire son choix entre des millions de variantes», précise Martin Raab.

Les centres de production de Suisse et d’Allemagne fabriquent les composants de base pour la production mondiale. Ils regroupent la gestion de produits, la recherche et le développement ainsi que la logistique. Des unités de production s’occupent du montage en Chine, aux Etats-Unis, en Inde et au Brésil. L’entreprise investit 7,5% de son chiffre d’affaires dans la recherche et le développement, et détient 6500 brevets. Lors de notre visite de la halle de production hyper moderne, un employé nous fait remarquer que chez eux «l’industrie 4.0 est mise en œuvre depuis plus de dix ans».