Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il faut remonter au milieu de siècle dernier pour observer une baisse aussi importante de la consommation d’électricité que celle engendrée par la pandémie de Covid-19. D’après ses estimations, publiées lundi dans un rapport, elle a chuté de 2% en 2020. Un chiffre moins important que les -5% prévus en avril dernier, du fait d’une reprise de l’activité en Chine. A titre de comparaison, en 2009, après la crise financière, le recul enregistré était de 0,6%.

Parmi les grandes économies, seule la Chine enregistre une demande en hausse, de 2% sur l’année. Mais elle représente à elle seule un quart de la consommation mondiale. En Suisse, la diminution de la demande d’électricité s’est fait ressentir. L’Office fédéral de l’énergie ne donne pas de projection pour l’année 2020, mais entre janvier et août, 38 679 GWh ont été consommés en Suisse contre 40 624 GWh en 2019.

Mais cette baisse ne concerne pas que l’électricité. Sur le marché du pétrole par exemple, l’AIE prévoit une diminution de la demande à 91,2 millions de barils par jour sur l’année, soit 8,8 millions de barils par jour de moins que l’an dernier. La baisse globale de la demande, toutes sources d’énergies confondues, devrait atteindre les 5% sur l’année d’après l’agence.

Vers un faible rebond en 2021

Malgré cela, le cours du baril de Brent a repassé la barre symbolique des 50 dollars au début du mois de décembre, un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis le mois de mars. Tout comme pour le pétrole, l’AIE estime que la demande en électricité devrait connaître un léger rebond en 2021. L’agence table sur une croissance de 3%, soit bien moins que l’augmentation de 7,2% de la demande en 2010.

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Mais ce retour de la demande en électricité s’accompagne surtout d’une nouvelle augmentation des émissions de CO2. Alors que les émissions liées à la production d’électricité devraient baisser de 5% sur l’année, elles pourraient augmenter de 2% l’an prochain. «Dans les économies émergentes et en développement, la croissance de la demande devrait dépasser celle des énergies renouvelables et du nucléaire, laissant une certaine marge de manœuvre à la production de charbon et de gaz», souligne l’AIE.

«Ce phénomène de rebond est typique des périodes de récession», selon Joel Jaeger, chercheur au World Resources Institute. Ses travaux sont consacrés à l’étude des investissements verts à la suite de la crise financière de 2008 et de leurs bénéfices économiques pour proposer des solutions face à la crise du Covid-19. «Jusqu’à présent, la plupart des gouvernements n’ont pas prévu de mesures de relance verte et l’essentiel de l’argent est attribué aux énergies fossiles. Je pense que l’on manque vraiment une opportunité», estime-t-il.

Des plans de relance dépendants des énergies fossiles

Le projet Energy Policy Tracker, mis en place par une vingtaine d’organisations dont l’Université de Columbia et l’International Institute for Sustainable Development, a décortiqué les programmes d’aides annoncés par différents gouvernements. Sur un total de 11 000 milliards de dollars débloqués par les pays du G20 pour soutenir l’économie, 234 milliards de dollars sont alloués aux énergies fossiles, contre 151 milliards pour les énergies propres.

«Cette année, plusieurs rapports ont montré que le solaire et l’éolien sont désormais les nouvelles sources d’énergie les moins chères dans la plupart des pays du monde, dans les économies développées et en voie de développement», souligne Joel Jaeger. Selon l’AIE, si les différents combustibles fossiles utilisés pour produire de l’électricité ont diminué cette année, les sources renouvelables ont elles augmenté de 7%.

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Une hausse notamment due au secteur hydraulique porté par des projets importants comme la mise en service en juin dernier du barrage de Wudongde dans le sud-ouest de la Chine, capable de générer 10,2 GW, ce qui en fait le quatrième plus puissant du pays. Pour autant, ces projets de retenues d’eau gigantesques posent d’autres problèmes environnementaux en bouleversant les écosystèmes.

Vers un alignement des planètes?

Toutefois, cinq ans après l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement global à 1,5°C par rapport au niveau préindustriel, plusieurs pays ont présenté leurs engagements. «Pour la première fois la Chine, le Japon, la Corée du Sud ont annoncé leur intention d’atteindre la neutralité carbone et les Etats-Unis devraient réintégrer l’Accord de Paris en 2021», rappelle Michel Frédeau, directeur associé senior au Boston Consulting Group, chargé du Centre sur l’action climatique.

Même si les horizons annoncés sont lointains, 2050 ou 2060, ces gouvernements vont devoir accélérer la mise en place de leurs mesures. «C’est aussi une question de compétitivité pour les pays, c’est notamment l’occasion de constituer des champions dans le domaine des énergies renouvelables, souligne Michel Frédeau. D’autre part, les produits polluants exportés seront de plus en plus taxés.»

Pour parvenir à un résultat efficace, l’action des gouvernements seule ne sera pas suffisante. Outre la demande des consommateurs et un cadre réglementaire stable, les investisseurs devront également réorienter leurs capitaux dans des secteurs durables. «L’ensemble forme un cercle vertueux, mais actuellement, nous ne sommes même pas à un dixième des sommes nécessaires pour y parvenir», conclut Michel Frédeau.