Trois jours pour fixer l’avenir électrique du pays. Voilà ce qui attend les membres du Conseil national dès le lundi 13 mars. Au cœur des débats: la loi fédérale en gestation «Approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables». Dans ce dossier maous qui fait suite à l’accélération des investissements dans l’hydraulique, le solaire et l’éolien, s’est glissée une tentative de relance de la filière nucléaire en Suisse. Cette démarche est portée par des représentants de l’UDC. En réponse, Les Vert·e·s veulent compléter la loi actuelle qui ne fixe pas de date de fin à l’exploitation des centrales en activité.

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Pour rappel, suite au tsunami du 11 mars 2011 et à l’accident subséquent de Fukushima, au Japon, le Conseil fédéral avait annoncé, le 25 mai de la même année, que la Suisse commencerait une sortie progressive du nucléaire par la mise en arrêt des centrales lorsqu’elles auront atteint l’âge de 50 ans. Les Suisses avaient approuvé par 58,2%, en 2017, le remplacement du nucléaire par des énergies renouvelables. Depuis, toute construction de centrale est prohibée.

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C’est cette interdiction que les élus de l’UDC veulent gommer. Lors du futur débat au Conseil national, ils vont tenter d’introduire dans la loi la possibilité de bâtir des réacteurs sous certaines conditions. Ils défendront par exemple, «l’octroi d’autorisations générales pour la construction de centrales nucléaires à partir de la troisième génération». On parle ici de réacteur pressurisé européen, ou EPR, une technologie qui connaît de multiples problèmes, comme le montre l’exemple de Flamanville, dans le nord de la France. Autre exception soutenue par le parti de la droite dure: «Les centrales nucléaires intrinsèquement sûres sont exclues de l’interdiction.»

«Energie propre»

«Il s’agit de maintenir dans notre pays une énergie propre, qui n’émet pas de CO2, souligne Pierre-André Page, conseiller national fribourgeois UDC et membre de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE). En 2017, la population avait été mal informée et avait donc voté en méconnaissance de cause. Il s’agit de corriger cette grave erreur afin d’atteindre une situation d’autoapprovisionnement. Le nucléaire fait partie du mix énergétique nécessaire pour y arriver.» Le Fribourgeois sait que son parti ne sera que peu suivi dans ses élans pro-nucléaires. Mais modifier la loi afin de préparer le pays à une situation où un recours accru au nucléaire serait nécessaire lui semble relever d’un sain principe de précaution.

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A gauche, la vision est inverse. «Poser une date d’arrêt pour chaque centrale suisse, c’est accélérer la transition énergétique, c’est agender la relève renouvelable et dégager de l’argent pour la financer, assure la Verte genevoise, Delphine Klopfenstein Broggini, conseillère nationale et membre de la CEATE. Le réservoir d’économies d’énergie est énorme ainsi que notre potentiel solaire. Les centrales nucléaires sont un gouffre financier, de l’argent qui serait largement mieux investi dans le solaire ou l’éolien.»

«Economiser le parc nucléaire»

Une fois les centrales débranchées, comment assurer un approvisionnement? «Le parc nucléaire représente 30% de l’énergie électrique du pays, c’est l’équivalent de notre potentiel d’économie d’énergie, répond-elle. Par ailleurs, l’obligation de panneaux solaires sur toutes les façades et les toits existants et futurs apporterait 3 fois plus d’énergie que le parc nucléaire actuel. La question de l’approvisionnement est donc une question de choix politiques.»

La position du PLR sera observée. La question nucléaire est un dossier sensible dans le parti. Certains voteront avec l’UDC. La majorité semble cependant acquise à une position plus pragmatique: ne pas fermer la porte à la construction de centrales pour autant qu’elles soient de nouvelle génération.

Signe que la tentation nucléaire est présente au PLR: sa section jeune s’est jointe à celle de l’UDC pour lancer une initiative populaire. Le texte veut inscrire dans la Constitution que «toute forme de production d’électricité respectueuse du climat est autorisée». En clair: feu vert à la construction de réacteurs. «La stratégie énergétique de la Suisse, qui mise sur les importations en hiver, est un échec», indiquait l’été dernier Vanessa Meury, présidente du Club Energie Suisse, l’association à l’origine de l’initiative. Pour cette membre des jeunes UDC, «en fonction de la taille de la centrale, il est possible d’en construire une en huit à quinze ans.» Une affirmation contestée aussi bien à gauche qu’à droite.

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