En 2020, la consommation d’électricité produite par les panneaux solaires, les éoliennes et les centrales hydrauliques devrait croître de 1%. Malgré le coronavirus, malgré l’affaissement des cours du pétrole et malgré un effondrement de la demande globale en énergie de 6%, soit la plus forte chute depuis la Deuxième Guerre mondiale et, en chiffres absolus, de l’histoire.

Les émissions globales de CO2 devraient, elles, décliner de 8% et retrouver leur niveau d’il y a une décennie. Jamais une telle réduction n’avait été enregistrée. En 2009, après la crise financière, la baisse avait été de 0,4 gigatonne, un record désormais pulvérisé.

Des énergies renouvelables moins chères

Tels sont les scénarios que dresse l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport publié lundi. L’organisation, une référence du secteur dont la Suisse fait partie, s’appuie sur des données prises sur une centaine de jours cette année à travers le globe. Il s’agit de l’étude la plus détaillée de l’impact de la pandémie sur les dépenses et les émissions énergétiques, selon l’institution.

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L’agence anticipe pour 2020 une diminution de la consommation de pétrole de 9% et de 8% pour le charbon. Pour le gaz et l’électricité de source nucléaire, elle prédit des baisses similaires. Au premier trimestre, les chutes sont de cet acabit, constate-t-elle. Sauf pour le renouvelable.

Le recours à l’électricité produite par des usines plus respectueuses de l’environnement, dans le monde et tous secteurs confondus, s’est accru de 1,5% au premier trimestre. L’an dernier, des panneaux solaires capables de produire 100 gigawatts d’électricité et des éoliennes susceptibles d’en ajouter 60 autres ont été installés (la capacité totale des énergies renouvelables était de 2537 gigawatts en 2019). Or une fois que les équipements sont en place, les énergies renouvelables sont moins chères à l’utilisation, selon l’AIE, qui relève que les règlements leur sont souvent favorables et qu’il y a eu beaucoup de vent en Europe et aux Etats-Unis cet hiver.

«Les énergies renouvelables seront plus utilisées en Suisse aussi car une fois qu’elles sont installées, leurs coûts marginaux sont quasiment nuls, contrairement aux autres formes d’énergie, même si la sécheresse pourrait diminuer le rendement des barrages et des centrales au fil de l’eau», selon Christian Zeyer, directeur de l’association Swisscleantech. «Le pétrole est plus exposé car il est utilisé dans des secteurs, comme les transports, plus impactés par les confinements», dit-il.

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Le renouvelable en augmentation 

La pandémie pourrait, cela dit, ralentir la croissance des énergies renouvelables, importante ces dernières années, car les usines de panneaux solaires et d’éoliennes ont ralenti la cadence, quand elles ne sont pas arrêtées, souligne Heymi Bahar, un analyste de l’AIE dans un billet en avril.

La part du renouvelable (le nucléaire est exclu) dans l’approvisionnement électrique mondial devrait passer à 30% cette année (contre 26% au début de 2019), au détriment du charbon et du gaz qui contribuent encore à près de 60% de l’apport en électricité dans le monde. «Il est encore trop tôt pour déterminer les impacts à long terme, mais le secteur de l’énergie qui sortira de cette crise sera différent de celui qui l’a précédé», estime Fatih Birol, directeur de l’AIE.

En Suisse, les stations-service font état d’une baisse de 50% de leurs ventes depuis que les mesures de semi-confinement ont été prises, jusqu’à 80% au Tessin, selon nos informations. Le mazout par contre, moins taxé que l’essence et désormais moins cher, est prisé. Quant à la demande en électricité, elle avait diminué fin mars en moyenne de 10 à 30%, voire de moitié à Zermatt quand les remonte-pentes ont été fermés.