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Une fillette au violon à Caracas, en 2008.
© JORGE SILVA/REUTERS

Formation

Pour les enfants, faire de la musique favorise les apprentissages

Le jeune musicien brille dans toutes les sphères cognitives qui dépendent de l’attention, comme les tests d’intelligence, la mémoire et les acquisitions scolaires. Explications de la chercheuse Isabelle Peretz

Comment l’apprentissage de la musique agit-il sur notre cerveau? Quels effets a-t-il sur la curiosité, l’attention et la mémorisation? Faut-il rendre l’apprentissage de la musique obligatoire à l’école? Ce sont là quelques-unes des questions posées par Isabelle Peretz. Dans Apprendre la musique. Nouvelles des neurosciences, un livre récemment paru aux Editions Odile Jacob, cette chercheuse conseille de faire de la musique dès l’âge de 6 mois. Elle cite une rare étude en milieu naturel conduite par des professeurs de l’Université McMaster en Ontario (Canada) sur des bébés. «Les bébés et leurs parents apprennent un répertoire de chansons en battant la mesure, en bougeant et en chantant. Après 6 mois, les habiletés musicales du bébé sont testées.» De façon intéressante, la communication parents-enfants est plus intense et le développement socio-émotif (exploration, sourires) s’améliore davantage chez les bébés «musiciens». «J’y vois les prémices de l’intelligence», analyse Isabelle Peretz.

Vers l’âge de 6 ans, on retrouve des effets similaires. «Les enfants de 6 ans qui reçoivent des cours de piano ou de chant pendant un an prennent quelques points de plus à l’échelle de mesure de l’intelligence. Les cours de théâtre ou l’absence de leçon, pendant la même période, ne donnent pas un tel avantage.» Fait intéressant, l’enseignement des rudiments de la musique à des enfants de 8 ans pendant six mois, à raison d’un cours par semaine, aide à l’acquisition de la lecture.

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Un bon complément à l'éducation générale

L’avantage intellectuel du jeune musicien, qui s’exprime par des résultats académiques supérieurs, semble se maintenir durant toute sa scolarité. Ainsi, une enquête récente menée auprès de 18 000 élèves a confirmé qu’en fin de secondaire (entre 16 et 17 ans), les élèves canadiens qui participaient à un orchestre à vent, une chorale ou un ensemble à cordes avaient un taux de réussite plus élevé dans toutes les matières évaluées (mathématiques, biologie, anglais). Ceux qui avaient suivi des cours d’arts plastiques ne montraient pas un tel avantage. A noter cependant que l’avantage intellectuel ne s’observe plus chez les musiciens professionnels lorsqu’on les compare à des professionnels non musiciens. «Les étudiants en musique n’on pas un QI supérieur aux étudiants universitaires d’autres disciplines, note Isabelle Peretz. Autrement dit, apprendre à faire de la musique est un atout quand l’activité fait partie de l’éducation générale. En faire une profession n’assure pas un maintien intellectuel de haut niveau.»

La science est encourageante, même à un âge avancé, on peut apprendre la musique

Isabelle Peretz

Qu’en est-il de l’effet Mozart, suivant lequel la simple écoute de la musique améliore l’intellect? «Il ne suffit pas de faire entendre de la musique à l’enfant. Ce dernier doit en faire», répond Isabelle Peretz. Ainsi, savoir que l’apprentissage du piano est plus efficace pour modifier le cerveau que l’écoute attentive mais passive est à prendre en considération dans l’enseignement de la musique, comme dans la classe de maître à laquelle les élèves assistent sans jouer.

Etudier avec de la musique

Certains enseignants sont par ailleurs d’avis qu’étudier avec une musique de fond peut aider à se concentrer. Qu’en dit la science? «Les résultats des recherches sont mitigés. D’un côté, la musique peut aider à se concentrer. De l’autre, elle distrait. Elle peut par exemple nuire à la lecture et à la mémoire, surtout s’il y a des paroles. La présence de musique de fond est donc à doser avec discernement.» Isabelle Peretz cite une étude récente sur le sujet (The effect of background music: Listening to emotionally touching music enhances facial memory capacity).

Dans une phase d’apprentissage, un étudiant est invité à mémoriser plusieurs visages présentés sur un écran. Dans ses écouteurs, on lui fait entendre tantôt de la musique instrumentale mélancolique, tantôt le son de la pluie, tantôt le silence. «Les résultats montrent que la mémoire est meilleure en présence d’une musique instrumentale émouvante et dans le silence». En effet, une musique joyeuse distrait, tout comme le son de la pluie.

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Chanter ensemble favorise la cohésion sociale

Autre fait intéressant, la musique aurait un effet sur le comportement social. Ainsi chanter en chœur augmenterait, selon plusieurs études, la confiance en l’autre et favoriserait la coopération plutôt que la compétition. Dans le jeu du dilemme du prisonnier par exemple, connu pour sonder l’attitude d’entraide face à la trahison, les individus qui chantent en chœur juste avant manifestent une plus grande confiance en l’autre et coopèrent davantage que ceux qui lisent de la poésie ensemble ou qui regardent un film, ou encore qui écoutent de la musique préenregistrée.

Existe-t-il un âge au-delà duquel il n’est plus possible d’apprendre la musique? «Nombreux sont les adultes qui ont toujours voulu apprendre la musique, observe Isabelle Peretz. Et voyant les leçons de musique des enfants, certains se demandent si ce ne serait pas l’occasion de s’y mettre. La science est encourageante à cet égard. Oui, même à un âge avancé, on peut apprendre la musique.» Et de conclure: «Outre le fait que cet apprentissage a un effet protecteur sur le cerveau – le déclin lié à l’âge fait moins de ravages chez le musicien – apprendre la musique tardivement améliore l’écoute dans le bruit, l’attention et prévient les méfaits de l’isolement social.»

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