Economie

Les enfants, premiers touchés par le travail des femmes

Loi sur le travail. Les Suisses ont accepté la flexibilisation des horaires de travail. Les femmes enceintes pourront désormais bénéficier d'une protection particulière, mais les mères de famille sont les grandes oubliées de la révision

Dimanche dernier, les Suisses ont approuvé la révision de la loi sur le travail avec une majorité confortable. Une nouvelle fois, le clivage entre Romands et Alémaniques s'est révélé important. L'ampleur du oui varie fortement suivant les régions qui ont été touchées par la crise du début des années 90. Cela est conforme à bon nombre de résultats et ne sort pas vraiment des sentiers battus. Qu'en est-il, en revanche, du clivage entre hommes et femmes? Car si cette révision concerne toute la population active occupée en Suisse, elle affectera surtout l'offre de travail des femmes et sa rémunération. Cette nouvelle loi permet une plus grande flexibilisation entend-on dire. Voilà l'Arlésienne. Mais de quelle malléabilité s'agit-il et qui va finalement en supporter les conséquences? Cette révision porte en effet surtout sur le temps de travail. Il ne s'agit certes que d'une loi qui sert de fondation aux conventions collectives particulières à chaque secteur, mais cette loi s'adresse surtout à une population active qui est susceptible de travailler la nuit, ou du moins tard le soir, et dont le volume de travail est soumis à de fortes variations saisonnières ou conjoncturelles. Ainsi, même si le soleil se couche à 17 heures durant les frimas d'hiver, la nuit commencera à 23 heures. Le cycle naturel fait place à un rythme économique plus saccadé. Si les trois heures de voyage au début de la nuit ne seront plus payées au tarif nocturne, la perte, ou le manque à gagner, c'est selon, seront néanmoins compensés par un supplément de temps libre de 10%. Du temps contre de l'argent en quelque sorte. En gros, cette loi touchera particulièrement les employés dans les industries intensives en capital qui chercheront à augmenter la productivité en faisant tourner les machines plus longtemps. Les services de nettoyage aux entreprises, secteur qui a le vent en poupe et dont une grande partie du travail s'effectue tard dans la soirée, seront aussi les grands bénéficiaires de cette révision. Il se trouve qu'il s'agit là de secteurs où la population active féminine est particulièrement bien représentée. Puisque les entreprises sont désireuses de rendre le travail plus flexible et que ce sont les femmes qui risquent d'en faire les frais, il convient donc de les protéger. Voilà pourquoi les femmes enceintes sont, dans cette révision, mises au bénéfice d'une protection toute particulière.

Mais cette loi ne va pas assez loin. Car si la protection ne s'arrête qu'aux seules femmes enceintes, comment peut-on protéger les enfants en bas âge qui souffriront directement des journées tardives ou des nuits prolongées de leurs mères? En effet, la dernière enquête sur la population active révèle que les femmes consacrent plus de quatre heures aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants, une fois le travail terminé. Pour les couples avec des enfants de moins de 15 ans, la femme se charge, dans la grande majorité des cas, d'effectuer la plus grande partie du travail ménager et d'éducation. En moyenne, sept heures par jour sont nécessaires dans un foyer pour ce type de tâches. La révision sur le travail protège donc les femmes enceintes mais elle oublie le temps que celles-ci consacrent à l'éducation des enfants une fois sorties de la maternité.

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