Quelles sont les régions les plus avantageuses pour placer ses enfants à la crèche? Elles se trouvent en Suisse romande, selon les résultats d’une étude publiée mardi par Credit Suisse.

Dans le chapitre consacré aux frais de garde, ce comparatif inédit montre que pour un couple marié avec deux enfants gardés deux jours par semaine, les crèches des cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel sont les moins chères de Suisse. Cette étude met aussi en lumière de fortes disparités d’un bout à l’autre du pays. Les prix varient de 1300 francs à plus de 20 000 francs par an.

Du fédéralisme à l’extrême

En Suisse, les femmes travaillent trois jours sur cinq. Leur taux d’occupation atteint même 63,8% en moyenne. Avec ce chiffre, le pays figure parmi les bons élèves des 35 Etats membres de l’OCDE.

Mais pendant ces trois jours où les deux parents sont absents, que font les enfants? Quand ils ne sont pas gardé par un autre membre de la famille, ils sont placés dans des crèches, des structures parascolaires ou chez des mamans de jour. Selon l’OFS, plus de 40% des ménages qui ont des enfants de moins de 13 ans y ont recours.

C’est une proportion suffisante, estime Credit Suisse, pour tenter de connaître le poids des frais de garde dans le budget de ces ménages. La banque s’est donc lancée dans une gigantesque collecte de données avec l’objectif de déterminer quelles sont les régions les plus avantageuses pour faire garder ses enfants.

En l’absence de statistiques officielles, les économistes de Credit Suisse ont étudié des centaines de régimes différents, à l’échelle des communes et des cantons. De cette expérience, ils concluent notamment que le système de garde d’enfants est «un exemple de fédéralisme à l’extrême. Presque chaque commune a sa propre histoire», a résumé l’économiste de Credit Suisse, Sara Carnazzi Weber, venue à Lausanne pour présenter l’étude sur le «revenu librement disponible» (voir ci-dessous).

Neuchâtel, champion romand des déductions

L’image générale est toutefois assez nette: les garderies et les structures de Suisse romande coûtent moins cher qu’en Suisse alémanique. Et en tenant compte des déductions fiscales et autres subventions pour les frais de gardes, les cantons romands ont aussi tendance à être plus généreux.

Neuchâtel, souvent considéré comme un enfer fiscal pour la classe moyenne, autorise une déduction maximale de 19 000 francs par an pour les frais de garde. Ces avantages sont la conséquence des différents allégements ciblés que le canton instaure année après année depuis 2013, mais dont le rythme sera ralenti par ses difficultés budgétaires. Au final, ce sont les cantons du Valais, du Jura et de Fribourg qui sont les plus avantageux pour le ménage type imaginé par Credit Suisse.

Travailler plus pour gagner moins?

En 2011, lors de sa dernière étude sur «le revenu librement disponible», Credit Suisse avait calculé pour la première fois le coût des trajets pendulaires. Cette année, la banque a ajouté les frais de garde à ses estimations, car «ils ont un effet important pour les familles».

Si l’on tient compte de ces charges, auxquelles on peut en ajouter d’autres, comme celle d’une femme de ménage ou des trajets vers le lieu de travail, un constat s’impose: «Pour beaucoup de ménages, le travail et le salaire additionnel de la femme ne constitue pas un avantage financier», affirme Sara Carnazzi Weber, sans avancer de chiffres.

L’économiste en a quand même profité pour faire passer un message: «Si l’on veut, dans le cadre de l’application de l’initiative sur l’immigration de masse, encourager le travail indigène, donc notamment celui des femmes, il faudrait sérieusement revoir la manière dont on impose les couples sur leur revenu cumulé».

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Genevois et Bâlois ont les charges les plus élevées de Suisse

Sur le plan financier, le canton d’Uri reste le plus attrayant en Suisse. Une fois les dépenses obligatoires et les charges fixes réglées, ses habitants sont ceux qui disposent de plus de moyens pour les dépenses de consommation, selon Credit Suisse. Genève et Bâle-Ville se retrouvent en queue de peloton.

Dans le cadre de l’étude que mène la banque depuis 2006 sur le revenu disponible, les économistes ont étudié la situation de quelque 2300 communes et les quartiers des grandes villes suisses. Objectif: évaluer l’attrait financier de ces lieux de résidence.

Tout comme en 2011, le canton d’Uri reste le plus attractif. Un canton où les frais de logements sont plus bas, tout comme les primes d’assurance-maladie, et où la charge fiscale est modérée. Même schéma pour le 2e du classement, le canton de Glaris.

A l’autre extrémité, on retrouve Genève et de Bâle-Ville. A revenu égal, «les ménages y disposent de moins d’argent en fin de mois pour leurs dépenses de consommation que dans des régions suburbaines ou rurales», précise l’étude. En cause: des frais de logement élevés, une charge fiscale et des primes d’assurance-maladie supérieures à la moyenne.

Sous la moyenne nationale du revenu librement disponible, on trouve les cantons de Vaud, Bâle-Campagne, Neuchâtel et Zurich. Le premier canton romand est celui du Valais, 6e du classement. Fribourg est 16e, le Jura 18e.

Cette étude a par ailleurs permis à Credit Suisse de montrer qu’un déménagement de quelques kilomètres pouvait permettre à un ménage d’économiser plusieurs milliers de francs par an. Ainsi, en passant de Savigny à Bussigny, une famille de quatre personnes peut potentiellement augmenter son «revenu librement disponible» de 37 600 à 45 900 francs par an.