L’investissement socialement responsable est le meilleur moyen d’influer sur les comportements des entreprises et de les aider à créer un impact social positif. L’un de ses volets, l’engagement actionnarial, gagne du terrain à chaque assemblée générale, ou presque.

Toutes les problématiques que le monde actuel devra gérer sont autant d’enjeux majeurs sur lesquels tous les acteurs devront agir, non seulement pour les générations à venir, mais dès aujourd’hui.

Nombreuses contestations de rémunérations

L’engagement actionnarial comporte de multiples volets et, parmi eux, la rémunération des dirigeants d’entreprises est celui qui fait l’objet des contestations les plus nombreuses. En 2015, par exemple, Candriam a voté contre 49% des résolutions relatives à ces rémunérations et sa principale préoccupation concernait le manque de transparence et de corrélation entre rémunération et performance. Même si les pays dans lesquels la législation impose un vote contraignant sur les rémunérations sont encore rares, le Royaume-Uni et la Suisse étant des exceptions dans ce domaine, la demande, du côté des investisseurs et, en particulier, des caisses de pension se fait plus pressante.

Pour y répondre, une position claire est nécessaire et doit, selon nous, se fonder sur trois principes, à savoir la transparence, la modération de la rémunération et la rémunération liée à la performance.

Si les deux premiers principes sont explicites, le troisième impose, en revanche, que les critères de performance associés à des primes, des actions de performance et d’autres types de rémunération soient précis et détaillés. En outre, la structure des rémunérations doit promouvoir la performance sans prise de risque excessive et il conviendrait que la performance d’une entreprise soit comparée à celles d’autres acteurs du secteur. Enfin, toute augmentation significative des rémunérations doit être justifiable et justifiée.

L’esprit de justice sociale

A ces éléments de base vient s’ajouter une nouvelle approche, qui gagne progressivement du terrain. Elle insiste sur le fait que les rémunérations des dirigeants devraient également tenir compte des autres parties prenantes de l’entreprise et de leurs attentes et ce, dans un esprit de justice sociale et morale. En effet, la rémunération des dirigeants ne peut, et ne doit, pas être totalement décorrélée, ni des niveaux de rémunération proposés ailleurs dans l’entreprise, ni des licenciements massifs de salariés ou encore d’incidents de nature environnementale. En d’autres termes, les objectifs financiers doivent impérativement se doubler de buts non financiers.

Peut-il vraiment y avoir un changement?

L’ensemble de ces engagements peut-il réellement faire changer les choses? En 2015, nous avons multiplié par deux le nombre d’assemblées auxquelles nous étions présents, passant de 123 en 2014 à 258 en 2015, et nous avons voté sur 4072 résolutions (contre 2224 en 2014). Pour la première fois, l’exercice des droits de vote a également concerné des sociétés des marchés émergents (108 assemblées). Et, bien que les chiffres ne soient pas encore disponibles, l’année 2016 devrait également connaître une progression marquée de ces chiffres!

A l’avenir, et sur la base de nos expériences ainsi que du dialogue proactif que nous avons instauré avec près de 70 entreprises, il apparaît que la transparence serait meilleure si les rapports sur les rémunérations et les règles de rémunération étaient simplifiés. Il conviendrait également d’insister sur l’importance des comparaisons sectorielles. De manière générale, les intérêts du PDG devraient être davantage liés à ceux des actionnaires, via la détention d’un certain nombre d’actions de l’entreprise par exemple. En outre, il conviendrait que l’on garantisse l’indépendance des comités de rémunération.