La banque d’affaires américaine Morgan Stanley a probablement fait perdre 5,4 milliards de dollars aux clients de l’un de ses fonds de placement spécialisé dans l’immobilier, rapporte ce matin le Wall Street Journal. Ceci serait la plus grosse perte jamais accusée par un véhicule investissant dans la pierre. Frappé de plein fouet par l’éclatement de la bulle, le Morgan Stanley Real Estate Funds (MSREF) VI International – créé pour investir l’argent de fonds de pension, fondations universitaires ou investisseurs étrangers dans des projets d’immobilier commercial – aurait ainsi perdu près des deux tiers des 8,8 milliards de dollars dont il assurait le placement.

Selon le journal, ces pertes ont été provoquées notamment par ses investissements dans le siège de la Banque centrale européenne à Francfort, dans un gros projet immobilier à Tokyo et dans plusieurs hôtels Intercontinental en Europe. Le fonds de placement serait actuellement en train de négocier avec les institutions lui ayant prêté l’argent, afin de réduire ses frais, en particulier ses charges d’intérêts.

Avant la crise, le véhicule visait une rentabilité de 22,1% par an en moyenne, selon les documents obtenus par le Wall Street Journal. Selon ce dernier, le MSREF VI a généré – en d’autres temps – de juteuses commissions pour la banque. En 2007, il lui avait ainsi rapporté 104 millions de dollars de commissions perçues sur l’acquisition de biens, 22 millions de frais de gestion, 13 millions de frais de financement et 21 millions de commissions de conseil.

Au cours des deux dernières décennies, Morgan Stanley s’est imposé comme l’un des plus gros acquéreurs de biens immobiliers dans le monde, procédant à des opérations atteignant un total de 174 milliards de dollars depuis 1991. Certains de ses concurrents directs ont récemment décidé de réduire ou de se défaire de leur immobilier et les nouvelles règles à l’étude à Washington pourraient limiter la capacité des banques à gérer des fonds de ce type.

Selon le journal, la banque avait terminé de passer ces pertes en dépréciations à la mi-2009. Elles n’auraient donc aucun impact sur les résultats pour les trois premiers mois de 2010 qu’elle s’apprête à publier le 21 avril.