Chouette ou alouette? La chronobiologie, l'étude de la structure temporelle des organismes, amène un peu de systématique dans la différenciation entre «oiseaux de nuit» et de jour. Pour Anna Wirz-Justice, cheffe du Centre de chronobiologie à la Clinique psychiatrique universitaire de Bâle, la distinction s'impose pour organiser les équipes. Logiquement, il ne faudrait engager que des «chouettes» pour le travail de nuit. Et surtout, dans la mesure du possible, ne pas leur faire changer d'équipe. «Le pire est un rythme de sept nuits consécutives de travail. La personne, qui vient à peine de s'habituer au nouveau rythme, doit à nouveau changer. Les personnes qui alternent travail de nuit et de jour se trouvent dans un état de jet-lag chronique, de désynchronisation totale», explique Anna Wirz-Justice.

Pour cette pionnière de l'utilisation de la lumière pour diverses thérapies, la chronobiologie, si elle complique à première vue les choses, apporte des enseignements précieux pour l'organisation du travail de nuit. En effet, l'horloge interne du système nerveux central se synchronise avec des stimulations de l'environnement, avant tout la lumière. Mais nos cellules possèdent aussi des horloges internes qui réagissent à d'autres indicateurs de temps, comme l'alimentation (le foie) ou le mouvement (le muscle). Les personnes travaillant la nuit doivent ainsi pouvoir bénéficier d'une lumière assez intense, avoir la possibilité de prendre des repas sains et d'avoir du mouvement. Par ailleurs, il vaudrait mieux prévoir la possibilité de faire une courte sieste régénératrice dans un local sombre.