FRANCE

Entre Alstom et General Electric, la victoire de Clara Gaymard

La patronne de GE France voit sa stature renforcée. L’énarque a démontré, avec le rachat d’Alstom Energie, l’étendue de son influence

Le rachat d’Alstom Energie sacre la patronne de General Electric France

Industrie La stature de Clara Gaymard se voit renforcée

Avec le rachat du pôle énergie d’Alstom, l’énarque a démontré l’étendue de son influence

Vendredi, après l’approbation à 99,2% par les actionnaires d’Alstom du passage sous pavillon américain du pôle énergie du groupe français, la presse hexagonale a concentré son tir sur son PDG sortant, Patrick Kron, bien décidé à empocher son très controversé bonus de 4 millions d’euros. Pas un mot, en revanche, sur celle dont cette transaction à 12,3 milliards d’euros assure la victoire triomphale: Clara Gaymard, patronne de General Electric (GE) France depuis 2006, et vice-présidente du conglomérat, chargée de l’Europe du Nord-Ouest et de ses 38 000 employés (11 000 en France).

Impossible, pourtant, de ne pas voir dans ce rachat validé par le président français, François Hollande, en juin 2014, la confirmation de l’irrésistible montée en puissance de cette énarque de 54 ans, épouse du député UMP de Savoie Hervé Gaymard, qu’un portrait de Libération décrivait en 2005 «du genre première de la classe, en porcelaine incassable».

Bien moins connue que la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, dont elle est à bien des égards l’alter ego, Clara Gaymard ne fait pas pour rien partie des «nouveaux visages» que Nicolas Sarkozy, redevenu président de l’UMP, entend promouvoir s’il retrouve le chemin de l’Elysée en 2017: «Sa force est d’avoir fait oublier, grâce à son expérience américaine, qu’elle est un pur produit de la haute fonction publique française et des réseaux de droite parisiens», estime un de ses condisciples au sein de la promotion Denis Diderot de l’ENA, en 1986. Pour preuve: sa candidature malheureuse aux élections européennes de 1999, sur la liste conduite par Nicolas Sarkozy, sa présidence de l’Agence française pour les investissements internationaux qu’elle dirigea de 2002 à 2006 alors que son mari, brièvement ministre de l’Economie, dut démissionner en 2005 pour avoir facturé à l’Etat la location d’un appartement familial (les Gaymard ont huit enfants) de 14 000 euros par mois en lieu et place du logement de fonction à Bercy: «Elle fait des affaires comme une politique poursuit cette source. Elle n’a pas le regard rivé sur les comptes, mais sur ceux qui lui permettront, ou l’empêcheront, d’atteindre ses objectifs.»

Vu la nationalité américaine du conglomérat General Electric, dont l’ancien PDG mythique Jack Welch incarnait la «mondialisation anglo-saxonne», et vu le risque réel de dépeçage ultérieur de l’ex-division énergie du groupe français – appelé, lui, à se recentrer sur le secteur très concurrentiel des transports –, les chances de Clara Gaymard et de son PDG, Jeffrey Immelt, pouvaient sembler limitées face au pouvoir socialiste. Erreur. Leurs promesses de conserver les activités de General Electric en France, mâtinées de discrets rendez-vous lors de la dizaine de voyages effectués cette année à Paris par Jeff Immelt ont fait la différence.

Membre de la fameuse Trilatérale, fille de l’ultra-catholique professeur Lejeune (connu comme le découvreur du virus de la trisomie 21), Clara Gaymard a su jouer, entre autres, de ses bonnes relations avec quelques figures influentes à gauche, comme l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, ou l’actuel commissaire européen Pierre Moscovici, tous deux ancrés électoralement dans l’est, terre d’Alstom.

«J’ai besoin d’exister par moi-même, de travailler», expliquait-elle alors que son époux paraissait voué, au début des années 2000, à une prometteuse carrière nationale. Dix ans après, le pari est plus que tenu.

«Sa force est d’avoir fait oublier qu’elle est un pur produit de la haute fonction publique française»

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