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Des manifestants protestent contre le rachat de Monsanto par Bayer à l’occasion de l’assemblée générale du groupe allemand à Bonn.
© Patrik Stollarz/AFP PHOTO

Pesticides

Entre Bayer et Monsanto, le mariage débute mal

La condamnation de Monsanto par un tribunal américain met le groupe allemand Bayer, qui a racheté l’entreprise américaine il y a deux mois, sous pression. Le risque n’est cependant pas la multiplication des procès mais une chute de la demande en glyphosate

Bayer a-t-il eu raison de lier son sort à une entreprise aussi décriée que Monsanto? Loin d’être nouvelle, la question est revenue comme un boomerang, avec la condamnation vendredi dernier du numéro un mondial des semences et pesticides par un tribunal de San Francisco. Monsanto devra verser 289 millions de dollars de dommages et intérêts à Dewayne Johnson, 46 ans, atteint d’un cancer lymphatique.

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Dans le cadre de son travail, ce jardinier a utilisé durant des années le produit phare de Monsanto, le désherbant Roundup et sa version professionnelle RangerPro. Le tribunal a estimé que ces produits ont «considérablement» contribué à sa maladie et que l’entreprise a agi «avec malveillance» en n’avertissant pas des risques liés à leur utilisation.

Titre sous pression

Deux mois après l’acquisition de Monsanto par Bayer pour 63 milliards de dollars, cette condamnation a suscité le choc parmi les investisseurs. Ces derniers se sont montrés peu rassurés par l’annonce que Bayer ferait appel de la décision, ni par le fait que de telles condamnations sont souvent revues à la baisse en seconde instance, voire même annulées. Mardi, le titre de Bayer regagnait 0,60% après avoir perdu plus de 10% de sa valeur à la bourse de Francfort la veille.

«Pourquoi Bayer a-t-il acquis une entreprise comme Monsanto?» s’indigne le trader allemand Michael Vaupel sur son blog. «J’aime fondamentalement l’action Bayer, ajoute-t-il. Dans la catégorie des produits pharmaceutiques, on trouve des médicaments contre le cancer. Et qui n’a jamais pris d’aspirine? Mais après la prise de contrôle de Monsanto, je vois cela différemment. Economiquement, la condamnation de Bayer est un véritable fiasco», assène-t-il.

Lire également: Comment Bayer veut faire oublier Monsanto

Plainte collective

Même commentaire de la part du quotidien économique Handelsblatt pour qui ce verdict est une «défaite» pour Bayer et un signal d’avertissement à ne pas prendre à la légère. «Ce jugement confirme que Bayer a vendu une partie de sa réputation», critique le journal.

Les investisseurs craignent notamment un effet boule de neige de cette condamnation. Aux Etats-Unis, près de 4500 plaintes semblables à celle de Dewayne Johnson ainsi qu’une plainte collective ont été déposées. Certains analystes estiment que les risques financiers liés à ces procès pourraient atteindre entre 5 et 10 milliards de dollars pour Bayer. Le groupe allemand a-t-il provisionné suffisamment d’argent en prévision? Pour l’heure, Bayer n’a pas communiqué sur ce sujet. Il y a un an, en août 2017, Monsanto annonçait consacrer 211 millions de dollars aux frais de justice, soit moins que le montant de sa seule condamnation de vendredi.

«Le glyphosate est sûr»

«Bayer n’avait pas compté sur une telle condamnation», note Lars Schweizer, spécialiste des fusions et acquisitions à l’Université Goethe de Francfort-sur-le-Main. «Le groupe allemand table depuis le départ sur le fait que de nombreuses études exonèrent le glyphosate de tout soupçon quant aux risques cancérigènes», rappelle cet économiste.

Dans un communiqué, Bayer juge en effet cette condamnation «en contradiction avec les preuves scientifiques existantes, avec des décennies d’expérience pratique et avec les points de vue des régulateurs du monde entier». «Tous ces résultats, expériences et évaluations confirment que le glyphosate est sûr et ne provoque pas de lymphome non hodgkinien», affirme un porte-parole du groupe.

Selon Lars Schweizer, une multiplication des procès ne serait toutefois pas la conséquence la plus dangereuse pour Bayer. «Le risque est que la demande de glyphosate chute et, avec elle, les bénéfices et le chiffre d’affaires. Jusqu’à présent, la réputation de Monsanto était mauvaise en Europe mais elle était meilleure aux Etats-Unis. Or c’était avant ce procès», souligne cet économiste.

Bayer cherche de nouveaux produits

Les craintes d’une baisse des bénéfices et des ventes sont aussi alimentées par la possibilité d’une interdiction du glyphosate dans certains pays, comme en France ou en Allemagne. Même si Berlin a contribué en novembre dernier à autoriser le renouvellement pour cinq ans de sa licence au niveau européen, la ministre de l’Agriculture maintient l’objectif, inscrit dans le contrat de coalition du gouvernement, d’interdire son usage dans le pays d’ici à 2021.

Coup de semonce pour Bayer, cette récente condamnation pourrait toutefois ne pas remettre en cause la logique de fond de son acquisition de Monsanto. Le glyphosate ne représente qu’un quart du chiffre d’affaires de ce dernier et, comme le confirment certains experts, Bayer cherche avant tout via Monsanto à développer son pôle de recherche et développement, et donc de nouveaux produits, loin du glyphosate.

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