Voir la guerre de la pêche entre Londres et Paris au seul prisme de son importance économique ne peut que conduire à des appréciations erronées. Comparé à d’autres secteurs d’activité, celui des produits de la mer pèse peu en termes de revenus ou d’emplois, et trouver une issue négociée au différend sur les licences est du domaine du possible. D’autant que, historiquement, pêcheurs français et britanniques ont appris à travailler ensemble et à faire transformer leurs cargaisons par les mêmes usines, pour la plupart situées dans le nord de la France, adossées aux grands axes routiers…

Un carcan à desserrer

La raison du bras de fer entamé depuis la signature de l’accord commercial post-Brexit doit être cherchée ailleurs: dans la fragilité du texte signé, le 30 décembre 2020, par Boris Johnson, puis avalisé par les Européens. Tant sur la question de la frontière douanière entre le Royaume-Uni et l’Irlande – le seul point d’accès terrestre au marché de l’UE pour les produits britanniques, via l’Irlande du Nord – que sur celle de la pêche, la volonté de Downing Street de desserrer le carcan commercial imposé par Bruxelles est manifeste.

Avis de tempête persistante

Dans le cas des chalutiers, l’obligation faite aux bateaux français de prouver qu’ils pêchaient déjà, avant le Brexit, dans les eaux disputées est ainsi un moyen de mettre sous pression les armateurs du continent. Pour que, demain, davantage de contrats soient signés entre les conserveries et les patrons pêcheurs anglais…

Il faut être lucide: d’autres accrocs au contrat post-Brexit suivront, sans parler de l’affrontement programmé sur les migrants qui s’entassent de nouveau à Calais. Le paradoxe de ce divorce-là est en effet qu’il ne sera jamais possible de tourner définitivement la page, entre l'UE et un Royaume-Uni résolu à regagner le plus de souveraineté économique possible sans cesser d’accéder au marché unique européen. Le calme peut revenir dans les eaux poissonneuses du Channel. L’avis de tempête, lui, ne disparaîtra pas.


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