Les indiscrétions dont a bénéficié le Wall Street Journal, publiées dans son édition de lundi, se sont révélées exactes. Un accord à l’amiable a finalement été trouvé, après huit mois, entre les responsables de Roche et ceux de Genentech. Le groupe pharmaceutique bâlois est parvenu à ses fins en augmentant son offre publique d’achat (OPA) de 9,8%, à 95 dollars le titre, comparé au prix proposé en janvier pour posséder la totalité du groupe californien spécialisé en oncologie.

Après la première annonce d’OPA, faite en juillet 2008, les relations s’étaient refroidies entre Roche et Genentech. L’OPA amicale s’était transformée en offre hostile ce qui risquait de compromettre les activités de Roche qui dépendent étroitement du portefeuille oncologique de Genentech. Le succès de l’industrie pharmaceutique dépend en effet de sa capacité d’innovation et repose sur des chercheurs qui doivent être «choyés». La longueur de la procédure et les tensions au niveau des dirigeants faisaient courir un risque de fuite d’une partie des 2000 cerveaux de Genentech. Roche ne pouvait se le permettre. Cela explique le relèvement de son offre qui contraste avec la fermeté des propos tenus début février par Severin Schwan, patron de Roche.

L’OPA sur Genentech est très particulière. Roche possède en effet 55,8% de Genentech mais n’a pas d’accès direct et automatique à la recherche de pointe de la société américaine qui doit son succès à l’application de la biotechnologie à la lutte contre de nombreuses formes de cancer. Sans Genentech, Roche ne serait pas le numéro un mondial en oncologie, et n’occuperait pas une place enviée dans l’industrie pharmaceutique.

L’opération coûte cher au groupe bâlois qui devra débourser 46,8 milliards de dollars au lieu des 42 milliards initialement prévus. Finalement, Roche n’avait guère le choix puisque cette acquisition constitue sa police d’assurance-vie dès 2012, échéance à laquelle d’importants contrats de licence entre les deux sociétés arrivent à terme.

Le calme revient entre Bâle et San Francisco, ce que saluent la plupart des analystes. Les investisseurs, eux, hésitent. Après avoir progressé de 3% à l’ouverture de la bourse suisse, le bon de jouissance Roche plongeait de près de 2% en fin de matinée. La question du financement de ce qui constitue l’opération d’achat la plus coûteuse de l’histoire économique suisse, reste partiellement ouverte.

La crise de l’innovation pharmaceutique et la perte de brevets sur de nombreux médicaments conduisent à une vague de fusions. Après Pfizer qui avale Wyeth, puis Merck qui achète Schering-Plough, c’est au tour de Roche de finaliser la sixième plus grosse acquisition dans le domaine pharmaceutique. Le groupe bâlois a saisi le moment de la chute des cours et de la crise économique pour s’emparer de la totalité de Genentech, dont les propriétaires auraient pu tirer plus de 110 dollars par titre dans les années fastes. Mais Roche, qui possédait encore 100% de Genentech en juin 1999 selon des modalités complexes, doit se mordre les doigts de devoir fortement s’endetter pour racheter aujourd’hui ce qu’il a progressivement vendu au début des années 2000.