Finalement, il a été acquitté, jeudi soir. Alors que le journaliste Costas Vaxevanis a comparu hier après-midi à Athènes devant la justice pour avoir publié une liste de détenteurs helléniques de comptes en Suisse gardée jusque-là secrète par les services fiscaux, beaucoup doutent désormais de l’éventualité d’un accord de type «Rubik» entre le gouvernement grec et la Confédération. «Pour le gouvernement grec, négocier un accord fiscal avec Berne redevient explosif, voire impossible», analyse un ancien diplomate grec à Bruxelles.

Entre les capitales, «le «deal» était clair: préserver l’anonymat des détenteurs de capitaux en échange d’un prélèvement libératoire et du versement à la Grèce de plusieurs milliards d’euros d’arriérés fiscaux», poursuit ce fonctionnaire grec. Or la publication samedi de 2059 noms de citoyens grecs ayant disposé d’un compte à HSBC en Suisse dans les années 2007-2008 a changé la donne.

Même si rien ne dit qu’il s’agit de fraudeurs patentés, la présence sur cette liste de politiciens, de médecins, d’avocats, de hauts fonctionnaires, d’armateurs et d’entrepreneurs – parmi lesquels Stavros Papastavros, collaborateur du premier ministre Antonis Samaras, ou de la femme de Georgios Voulgarakis, un ancien ministre de la Culture – a relancé la colère populaire contre l’évasion fiscale dont le montant est parfois estimé jusqu’à 40 milliards d’euros. «Avant toute chose, la Suisse nous doit maintenant des explications. Combien sont-ils à disposer de comptes à Zurich, Lausanne ou Genève?» s’énerve l’avocate Zoé Constantopoulou, députée du parti de la gauche radicale Syriza et défenseure du journaliste poursuivi.

La principale question, au-delà de la publication de cette liste tirée des données transmises en 2008 à la France par l’informaticien de HSBC Hervé Falciani (arrêté en juillet 2012 en Espagne, à laquelle la Suisse a demandé son extradition), est celle de l’attitude des autorités grecques. Après avoir reçu en 2010 la liste des mains de Christine Lagarde, l’ancienne ministre française des Finances, celles-ci ont semble-t-il renoncé à l’ouverture de poursuites. L’ancien ministre des Finances Georges Papaconstantinou, qui a évalué à 1,5 milliard d’euros le montant des capitaux concernés, a de façon ambiguë estimé que les services fiscaux avaient sans doute eu «peur» d’agir. Alors que l’ancien coordinateur des enquêtes, Ioannis Kapeleris, affirme n’avoir pas reçu d’instruction. «Ils se renvoient la balle, juge une source administrative grecque. Il est sûr que quelqu’un a bloqué.»

Pour sa défense, le journaliste Costas Vaxevanis est apparu hier avec de nombreux soutiens. A ses côtés, plusieurs militants internationaux de la liberté de la presse, dont le président de la Fédération internationale des journalistes Jim Boumelha, ont défendu son droit à publier cette liste que l’intéressé nie avoir dérobée et dit avoir obtenue via une lettre anonyme. Le soutien populaire à cette publication est aussi très fort. «Le Grec moyen reste persuadé que l’élite politique cache les cadavres dans les placards. Le fait que plusieurs sites internet aient aussitôt republié la liste rend en plus difficile, aujourd’hui, d’inculper une seule personne», estime un universitaire. L’acquittement a été prononcé après douze heures de procès alors que le procureur réclamait sa condamnation.

Plusieurs points restent maintenant à clarifier. L’authenticité de cette liste d’abord, peut-être tronquée avant de parvenir au journaliste d’investigation, avec des noms rajoutés pour faire du tort à l’actuelle administration. La présence, démentie par l’intéressé, du mécène et auteur suisse Metin Arditi, en est un exemple. Une vérification auprès des autorités françaises serait en cours.

Autre point clef: la position du gouvernement et du ministre des Finances Yannis Stournaras vis-à-vis des négociations fiscales avec la Suisse. Le 17 septembre dernier, son adjoint chargé des pourparlers, Georges Mavraganis, avait affirmé dans une réponse au parlement que son administration «excluait» de recourir à des données volées. Cela juste après une reprise des négociations à Berne avec le secrétaire d’Etat chargé des questions financières internationales Michael Ambühl. Depuis, c’est le silence radio.

«Combien sont-ils à disposer de comptes à Zurich, Lausanne ou Genève?»