«Sept raisons pour lesquelles vous devriez lancer votre start-up pendant vos études.» C’est le titre accrocheur de la conférence que donnaient Justin et Léo Cornut, jumeaux genevois de 20 ans, dans le cadre de la 9e édition genevoise de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat du 18 au 23 novembre 2019 à Genève, organisée entre autres par l’Université de Genève et la Direction générale du développement économique, de la recherche et de l’innovation.

Alors qu’ils étaient encore au collège, en juin 2018, les deux jeunes ont fondé CRNT Digital, agence de marketing digital qui compte aujourd’hui quatre employés. «Nous l’avons lancée en même temps que nos examens de maturité, c’était un peu difficile», s’amuse Justin Cornut, étudiant en deuxième année de bachelor à la Geneva School of Economics and Management, tandis que son frère Léo est en première année. Le premier est un passionné de programmation, le second de design. Ils affichent leur jeunesse sur leur site avec l’inscription «Nous sommes la génération Z». «Les entreprises nous contactent pour notre vision novatrice», détaille Justin.

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Leur agence promet aux entreprises des sites web et campagnes digitales innovantes qui toucheront la nouvelle génération. Mais les jeunes entrepreneurs ont aussi participé à la naissance d’autres projets, dont une application de livraison de médicaments et un nouveau cabinet de stratégie et design pour les marques, Swiss House of Brands.

Une double casquette toujours plus commune

Il est de plus en plus fréquent de voir des étudiants lancer leur propre start-up ou PME, constate Nadine Reichenthal, directrice de l’accélérateur de projets de l’Université de Lausanne et chargée de cours en entrepreneuriat à HEC. Une des explications tient, selon elle, au soutien académique dont il est possible de bénéficier et à l’existence des nombreux programmes d’innovation.

Pour Justin, la raison principale de se lancer est «l’opportunité d’apprendre et de se faire des contacts. Il s’agit d’un pied dans le monde professionnel et d’un plus sur le CV.» Le cadre universitaire se prêterait particulièrement bien à l’entrepreneuriat, d’où un autre intérêt de se lancer pendant cette période: «Nous bénéficions du soutien de professeurs ou de la possibilité de louer des salles. Et un échec serait mieux vécu que par la suite: nous n’avons pas encore de famille et, quoi qu’il arrive, les études continuent.» Nadine Reichenthal est de cet avis: «Il vaut mieux se planter à 25 qu’à 50 ans.»

Difficile d’en vivre

Mais des désavantages de se lancer en tant qu’étudiant, il en existe aussi, notamment le risque de compromettre ses études. «Certains ratent leurs examens parce qu’ils n’ont pas pu y consacrer suffisamment de temps», commente Nadine Reichenthal.

Justin reconnaît aussi certaines difficultés: les entrepreneurs ont renoncé à leurs bureaux au centre-ville, trop chers, et travaillent désormais à domicile, soit chez leurs parents. Ils ne vivent pas encore de leur business. Etre sur tous les fronts implique des sacrifices: «Je me couche tous les soirs à 21h pour tenir le rythme et je n’ai pas souvent le temps de m’arrêter pour regarder une série. Mais je suis passionné.»

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Des difficultés et des sacrifices dont sont conscients les étudiants, selon Nadine Reichenthal: «Nous savons qu’environ 75% des projets entrepreneuriaux vont échouer, et que se verser un salaire n’est souvent possible qu’après un à trois ans. Il faut se lancer par passion et pas pour l’argent.»