Environnement

Des entrepreneurs suisses en guerre avec le smog chinois 

Une poignée d’entreprises helvétiques ont investi le marché des appareils antipollution dans l’Empire du Milieu. Ils bénéficient notamment de leur lien avec un pays dont l’air est perçu comme spécialement pur

La Chine, Liam Bates l’a découverte en touriste, à l’âge de 16 ans. Il n’en est pratiquement plus reparti. Ce Romand, qui a grandi entre Saint-Prex (VD) et le Valais, a commencé par y réaliser des documentaires. Mais en 2008, alors que le monde a les yeux braqués sur ce pays qui s’apprête à accueillir ses premiers Jeux olympiques, il entend pour la première fois parler de la pollution apocalyptique qui enveloppe le pays. «Jusque-là, je pensais, comme beaucoup d’expatriés, que la brume qui recouvrait souvent Pékin était due aux nuages», raconte le jeune homme de 29 ans.

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En janvier 2013, il prend vraiment conscience de la gravité du problème. «Durant une semaine, la pollution est montée à 600 ou 700 PM 2,5 (une mesure des particules fines dans l’air, ndlr), se souvient-il. En plein jour, il faisait presque nuit.» Il décide alors de lancer un purificateur d’air, en collaboration avec le fabricant de filtres argovien Unifil. «Nous avons mesuré les particules contenues dans les maisons en Chine et transmis ces données à notre partenaire helvétique, afin qu’il développe des filtres spécialement adaptés à la pollution locale», précise-t-il. L’appareil, fabriqué en Chine, sort en juin 2014.

Mesurer l’air en permanence

Très vite, le Romand change de direction et se lance dans la mesure de la qualité de l’air. En 2015, il développe un petit appareil, qui tient dans le creux de la main et permet de quantifier les particules de PM 2,5 contenues dans l’air, grâce à un laser, ainsi que celles de PM 10, des particules polluantes légèrement plus grosses. Une nouvelle version qui mesure aussi les composés organiques volatils, soit les émanations toxiques émises par certaines colles et peintures, est sortie cet été.

Le Laser Egg, qui est notamment vendu dans les magasins d’Apple, a connu un succès fulgurant: il s’en est écoulé plusieurs centaines de milliers. Début 2017, alors que la Chine subissait un pic de pollution, il y avait une liste d’attente longue de plusieurs semaines. La prochaine étape pour le Suisse sera de mettre à profit les nombreuses données récoltées par le Laser Egg, que l’usager peut transférer en ligne. «A Pékin, il n’y a que 35 stations de mesure de la pollution, c’est très peu, relève Liam Bates. D’ici deux à trois ans, nous aimerions travailler avec des administrations locales pour les aider à identifier les principales sources de la pollution.»

Kaiterra, l’entreprise qui commercialise le Laser Egg, n’est pas la seule firme suisse à avoir investi le marché chinois de la lutte anti-pollution. Swisswalls, une société helvétique basée à Pékin, s’est spécialisée dans la réalisation de bâtiments aux normes Minergie. Elle a notamment fourni son expertise pour la construction d’une halle d’exposition à Pékin, le quartier général de Bosch à Shanghai et une usine de Volkswagen à Dalian, au nord-est du pays.

Des purificateurs depuis 1998

Les entreprises saint-galloises IQAir et Boneco, ainsi que la zurichoise Aeris, dominent pour leur part le segment des purificateurs d’air de qualité. IQAir est l’une des premières à avoir pénétré ce marché. «Nous avons commencé à vendre nos purificateurs en Chine en 1998», raconte Frank Hammes, le directeur général de la firme. En 2003, lorsque l’épidémie de SRAS éclate au sud de la Chine, les hôpitaux hongkongais choisissent d’équiper les chambres hébergeant des patients infectés avec les appareils du groupe saint-gallois créé en 1963.

Et en 2012, lorsque l’ambassade américaine de Pékin se met à tweeter chaque jour les niveaux de PM 2,5 contenus dans l’air, suscitant une vague d’inquiétude au sein de la population, les purificateurs d’IQAir se trouvent en pole position pour ravir des parts de marché.

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«Ces cinq dernières années, les ventes de purificateurs d’air ont été multipliées par dix en Chine, indique Frank Hammes. Or, comme il est très difficile de «voir» les effets de ce genre d’appareil, tout repose sur la confiance.» Cela a profité au groupe helvétique. «La Suisse est associée à un certain niveau de qualité et de savoir-faire en Chine, note le dirigeant. Nous avons également su exploiter l’image d’un pays où l’air est pur et propre.»

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