Technologie

Les entrepreneurs suisses n’ont plus à rougir de la comparaison internationale

ÉDITORIAL. Les start-up suisses parviennent à lever des dizaines de millions de dollars et leurs fondateurs débordent d'enthousiasme. Il reste cependant encore des points à améliorer

C’est un tout petit signe qui veut dire beaucoup. De plus en plus souvent, lorsqu’une start-up suisse lève des fonds, il ne s’agit plus de francs, mais de dollars. Et en millions, voire en dizaines de millions. Le temps où ces jeunes sociétés s’adressaient surtout aux investisseurs suisses, voire européens, est révolu. Ce sont désormais des institutions américaines qu’elles parviennent à séduire pour financer leur croissance. Les levées de fonds, cet automne, des sociétés lausannoise Kandou Bus (56 millions de dollars) et zurichoise Beekeeper (45 millions de dollars) sont éloquentes: certaines start-up helvétiques jouent désormais dans la cour des grands.

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Ces réussites en disent parfois plus que les innombrables classements internationaux qui placent la Suisse au top de l’innovation, au coude à coude avec les Etats-Unis, Singapour ou Israël. De façon très concrète, semaine après semaine, ces sociétés prouvent que non seulement les technologies développées chez nous sont concurrentielles, mais qu’en plus leurs responsables – souvent des étrangers, d’ailleurs – ont mis au point des modèles d’affaires solides et qu’ils savent se vendre.

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Le Swiss Entrepreneurs Fund, lancé par la Confédération et qui doit être doté de 500 millions de francs, n’est – et de loin – pas encore assez doté? Rien de dramatique. Les start-up suisses savent se financer ailleurs, aidées non seulement par leur talent propre, mais aussi par des taux bas qui rendent les investissements dans les jeunes entreprises plus attractifs encore. Cette année, le montant des fonds levés par les start-up helvétiques devrait ainsi doubler par rapport à 2018. Face à cette progression remarquable, il convient tout de même de ne pas s’enflammer: dans la Silicon Valley, par exemple, presque personne ne connaît la «drone valley» lausannoise dont on s’enorgueillit ici…

De nombreux points restent à améliorer: faciliter les démarches de création d’entreprise, réduire le capital – 100 000 francs aujourd’hui – nécessaire à la constitution d’une société anonyme ou encore faire en sorte que l’Etat aide les très jeunes entreprises à démarrer durant les premiers mois. Des incitations sur lesquelles le nouveau parlement – dont ne fera plus partie l’ardent défenseur des start-up Fathi Derder – devra plancher.

Il conviendrait aussi que les entrepreneurs actifs en Suisse cèdent moins vite aux sirènes d’Intel, Facebook ou Apple. Ces trois géants américains ont acquis plusieurs sociétés dans les cantons de Vaud, de Zurich et du Valais. Peut-être un peu trop tôt. Si les patrons de ces start-up avaient attendu un peu, sans doute auraient-ils pu réaliser un bénéfice plus important et se muer, à leur tour, en investisseurs. Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que ces entrepreneurs à succès séviront de nouveau en créant de nouvelles sociétés. Sur ce point-là encore – une motivation à toute épreuve – les ingénieurs suisses n’ont plus grand-chose à envier à leurs homologues américains, asiatiques ou israéliens.

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