Commerce

Ces entrepreneurs qui veulent vendre du vin via la Toile

Plusieurs sociétés se sont créées ou développées en Suisse romande ces derniers mois. Pour se distinguer, Swiss Wine Selection joue la carte helvétique

«C’est caricatural mais vraiment pas loin de la vérité: il y a ceux qui achètent leur vin à la Coop, la majorité, et ceux qui préfèrent se fournir chez le caviste le plus proche, une minorité. Je souhaitais offrir un canal de distribution alternatif.» C’est dans cette optique que le Lausannois Matthieu Bosser, fils de caviste, a lancé le site de ventes privées Letikett.ch, dédié aux vins, il y a un peu plus d’un mois. Il surfe sur une vague qui prend de l’ampleur en Suisse romande: vendre du vin sur la Toile.

En 2009, Qwine, émanation de QoQa.ch, avait déjà vu le jour avec le concept d’une offre limitée par semaine. Depuis septembre dernier, Hervé Badan se concentre uniquement sur les vins suisses vendus au prix du domaine avec Swisswineselection.ch. Il a sélectionné six domaines au départ, qu’il a élargis à 10 la semaine dernière avec des producteurs comme Javet & Javet à Lugnorre (FR) ou le Domaine des Vassaux à Founex (VD). Hervé Badan a beaucoup misé sur sa plateforme, déjà traduite en quatre langues, en y glissant par exemple un film fait maison sur chaque artisan. Le packaging a été également particulièrement travaillé, sous forme de coffret design, pour procurer une émotion au consommateur.

Présent depuis bientôt 25 ans sur le marché du vin avec La Couleur du Vin, Thierry Sozo passe à la vitesse supérieure. Sa société, basée à Fribourg, a récemment ouvert un quatrième cellier à Sion. «Le marché suisse est particulier. Parmi les 2500 maisons de vin que compte le pays, ce sont près de 500 qui ouvrent et ferment chaque année», explique ce spécialiste. Autant dire qu’il faut se démarquer pour subsister. Lui propose une offre orientée terroir avec une sélection de 600 vins et alcools fins. «Si 95% des crus sont importés, nous connaissons toujours les hommes et les femmes qui se cachent derrière.»

Fin novembre, le fondateur décide de se lancer activement sur Internet en élaborant un nouveau site (www.lacouleurduvin.ch ). «Si nous planifions plusieurs autres ouvertures de boutique en Suisse romande [ndlr: sans vouloir dévoiler les villes], force est de constater qu’Internet est déjà, en termes de chiffre d’affaires, l’équivalent d’une cinquième enseigne», annonce le dirigeant.

Sur ce nouveau canal, les prix moyens sont plus élevés que dans le commerce de détail et tournent autour de 18 à 20 francs pour les deux premiers sites et de 15 à 40 francs pour la grande majorité des ventes du cellier fribourgeois. L’attrait de la Toile ne s’arrête pas à ces trois enseignes virtuelles. Citons encore Neolabel.ch. Fondée en 2010 et soutenue par Genilem depuis l’année dernière, cette société commercialise des concepts inédits de dégustation à l’aveugle, notamment pour les vins suisses. «Il faudrait atteindre des volumes très importants pour que notre entreprise soit viable», reconnaît Grégory Chollet, cofondateur, toutefois mû par la passion. Cette année, la start-up étendra son offre aux chocolats. Depuis 2010 également, Sébastien Grognuz sillonne les domaines viticoles et monte Vinentia.ch.

Alors, dans cette pléthore de nouveaux sites, comment faire pour se distinguer? Hervé Badan s’appuie sur les services de l’agence Scandola à Lausanne, fondée par le spécialiste des projets e-commerce et réseaux sociaux, Nicolas Pittet. Le patron de l’agence digitale explique que l’avantage d’Internet est que l’on peut tout suivre, tout mesurer. Pour marier l’univers traditionnel du vin à la technologie, «nous avons essayé de transmettre, ne serait-ce que graphiquement, cet univers du vin», explique Hervé Badan. «Et en même temps, on s’appuie sur les réseaux sociaux pour créer un véritable levier marketing», poursuit Nicolas Pittet. «Avec nos vins suisses, je réfléchis également à une offre exclusivement dédiée aux expatriés», poursuit le patron de Swiss Wine Selection.

Le propriétaire de La Couleur du Vin, qui affiche un taux de progression à deux chiffres sur 2011, estime que c’est le sérieux d’une enseigne qui permet sa pérennité, y compris sur le Web. «Les consommateurs sont aujourd’hui prêts à acheter du vin sur Internet à condition qu’ils aient confiance dans l’enseigne. Prenez 1855.com (un site français de vente de vins en ligne coté à la bourse). C’est un gouffre, car la sécurité de l’achat n’est pas assurée», estime-t-il. Le site a connu d’énormes déboires avec la vente de primeurs et réduit chaque année ce secteur dans son offre.

Pour atteindre son objectif de chiffre d’affaires de 500 000 francs à la fin de 2012 avec Letikett, Matthieu Bosser a également plusieurs bottes secrètes. «Le concept de ventes privées a fait ses preuves, nous nous appuyons dessus pour le vin, explique-il. Ensuite, chez Letikett, les frais de ports sont gratuits. En effet, plusieurs études montrent que près de 60 à 70% des abandons de panier sont dus aux frais de port et nous préférons miser sur les volumes, à terme.»

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