Economie

«Pour les entreprises, le Big Data est une révolution aussi importante qu’Internet»

L’exploitation des méga données est source d’innovation et de nouveaux marchés pour l’économie. Dans les faits, les secteurs de la finance et de la santé ont une longueur d’avance sur l’industrie et l’horlogerie 

«Une mine d’or», «le nouveau pétrole numérique». Depuis l’apparition du Big Data au tournant des années 2010, les chefs d’entreprises ne jurent que par ces méga données issues des réseaux sociaux, des objets connectés, de la téléphonie mobile et des capteurs. Pour les entreprises, ce trésor est la promesse d’innovation, mais surtout de nouveaux marchés à conquérir. Mais dans les faits seule une poignée d’entre elles parvient à dépasser l’étape de la collecte à l’exploitation des données.

«Mais cela est en passe de changer», assure Jérémie Wagner. Le directeur commercial de Business&Decision, société spécialisée en matière d’informatique décisionnelle, a inauguré LaData. Au sein de cette jeune association romande fondée le 31 octobre dernier, Jérémie Wagner audite et conseille les PME et les grandes entreprises pour qu’elles réussissent leur transition vers le Big Data. «Une révolution semée d’embûches mais nécessaire car elle relève parfois de la survie.»

Le Temps: Le Big Data est un concept théorique en vogue dans les conseils de direction depuis plus de cinq ans. Les entreprises sont-elles passées à la pratique?

Jérémie Wagner: Pour les entreprises, le Big Data est une révolution aussi importante qu’Internet. Mais elles se trouvent aujourd’hui dans une phase de transition. Jusque-là, les entreprises étaient devenues expertes dans la collecte, le stockage et la hiérarchie de données issues de leurs systèmes d’information internes. Désormais, elles doivent adapter leur infrastructure et leurs modèles d’analyse en y intégrant des données issues du Cloud (réseaux sociaux, téléphonie mobile, données publiques) pour faire parler ces données et créer de la valeur.

– Puisque le volume de données évolue de manière exponentielle, les entreprises sont contraintes de repenser constamment leurs infrastructures…

– On estime que d’ici 2020, un internaute produira 7 méga de données par seconde. Pour gérer ces informations, les entreprises doivent faire évoluer leurs infrastructures. Cela doit être vu comme un investissement et non comme un coût, car l’exploitation des données produit de la valeur, donc un retour sur investissement. À l’heure actuelle, le savoir-faire Big Data n’a pas encore totalement infusé dans les départements fonctionnels de l’entreprise. Il reste souvent en discussion dans les directions Innovation ou les laboratoires de Recherche & Développement. Pour que cela fonctionne, la stratégie doit venir de la direction et impliquer toute l’organisation. Il est nécessaire que l’ensemble des employés développent leurs compétences sur les divers aspects des données, c’est-à-dire l’accès, la gouvernance, la collecte, l’exploitation, la sécurité. C’est ainsi que l’entreprise pourra innover.

– Concrètement, où se situent les entreprises suisses dans le Big Data?

– Sans grande surprise, les services financiers sont en avance dans ce secteur parce qu’ils ont toujours eu ce besoin de faire évoluer leurs infrastructures tout en cultivant l’automatisation, notamment dans le trading. Ils sont donc moins affectés et désarmés face aux changements requis par le Big Data.

– Y a-t-il des disparités selon les secteurs d’activité?

– Bien sûr. Le Big Data n’a pas le même potentiel partout. C’est dans l’industrie que les possibilités sont les plus grandes. C’est un secteur qui a constamment besoin de faire baisser ses coûts de production tout en innovant. Le Big Data serait une solution puisqu’il permet de déceler des problèmes liés aux machines-outils, et ainsi, d’anticiper des actions de maintenance. Cependant, culturellement le changement est synonyme de risque, ce qui limite les investissements par rapport à ce qu’ils devraient être. Ailleurs, dans l’horlogerie par exemple, il faut dissocier le secteur industriel du marketing. Les marques horlogères exploitent davantage les données clients notamment pour des campagnes de communication mieux ciblées.

– Et qu’en est-il de l’industrie de la santé?

– Comme dans la finance, le monde de la recherche est passé depuis longtemps de la théorie à la pratique. Il travaille beaucoup sur de gros volumes de données pour anticiper de nouvelles maladies et les coûts futurs de la santé. Dans la pharma, le Big Data est utilisé dans le cadre d’essais cliniques et la découverte de nouvelles molécules. Néanmoins, la législation est très stricte puisqu’elle contrôle drastiquement l’exploitation et la manipulation des données personnelles des consommateurs à des fins marketing.

– Pour une entreprise, une transition réussie vers le Big Data engendre-t-elle nécessairement un avantage concurrentiel?

– Dans l’industrie par exemple, on estime à 20% les économies réalisées sur les opérations de maintenance. De plus, le Big Data va repositionner naturellement l’entreprise sur de nouveaux marchés où la concurrence n’est pas, avec de nouveaux produits et services.

– L’exploitation de gros volumes de données a un coût. Pouvez-vous le chiffrer?

– Comme dans tous processus d’innovation, la technologie coûte très chère au début. Mais elle devient moins onéreuse à mesure qu’elle gagne en maturité. Le cloud permet également de réduire des coûts d’infrastructure et d’offrir aux entreprises d’exploiter des méga données sans toute la complexité des gros systèmes. C’est un gain financier important. Par ailleurs, le secteur du Big Data est arrivé à une certaine maturité. Les algorithmes sont connus et bien rodés. Désormais, une PME peut tout à fait accéder au Big Data et espérer un retour sur investissement rapide.

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