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Wang Jianlin a bâti le groupe Dalian Wanda, qui s’est mondialisé en achetant des chaînes de cinémas et des studios.
© Isaac Lawrence

COFCO

Les entreprises chinoises à la conquête du monde

Les groupes chinois percent dans des secteurs aussi différents que le nucléaire, les ordinateurs ou le négoce des matières premières agricoles

A coups d’acquisitions, des groupes chinois se font une place parmi les leaders mondiaux de plusieurs secteurs. ChemChina, qui vient de reprendre Syngenta, n’est pas le seul, la tendance apparaît dans une multitude de domaines. Exemples.

1. CGN, l’ambition nucléaire

Son nom est apparu au grand public européen en octobre dernier. A l’occasion de la visite d’Etat du président Xi Jinping en Grande-Bretagne, China General Nuclear Power Corporation (CGN) s’est allié à EDF pour boucler le financement et la construction de deux centrales. L’alliance tombait bien pour le groupe français, à court de ressources financières. Dans la foulée, CGN a gagné un autre contrat, pour une centrale «100% chinoise» à bâtir ultérieurement sur le sol britannique.

Contrôlé par l’Etat, mais néanmoins coté à Hongkong, le plus grand des trois groupes nucléaires chinois a construit son premier réacteur en 1991 à Shanghai et compte plus de 30 000 employés. Son carnet de commandes comprend dix centrales en Chine et trois hors du pays. Début février, le groupe a annoncé vouloir percer dans treize pays en Asie, en Europe de l’Est et en Afrique.

Les analystes du courtier chinois CLSA sont pourtant inquiets. Le retard pris par la construction de deux EPR dans le sud-est de la Chine les inquiète. Le projet est réalisé avec EDF et Areva qui rencontrent de grandes difficultés financières avec la même technologie en France et en Finlande. «Dans le nucléaire, les délais sont comme des cafards. Si vous en trouvez un, vous pouvez être sûr que d’autres vont suivre», lancent les analystes.

2. Cofco, le nouveau négociant

Dans le monde des matières premières agricoles, l’alphabet des négociants se résume souvent à ABCD, pour Archer Daniels Midland (ADM), Bunge, Cargill, et (Louis) Dreyfus. Il y manque Glencore, mais surtout, «préparez-vous à y ajouter un deuxième C! Pour le chinois Cofco», avertit Alain Sépulchre, de BCG en Asie.

Cofco se prononce plus facilement que China National Cereals, Oils and Foodstuffs Corporation. Créé en 1949 à Pékin, ce groupe d’Etat de 100 000 employés s’est transformé ces dix dernières années sous l’impulsion de Ning Gaoning. A Lausanne l’an dernier, lors de la conférence du Financial Times sur le négoce, le patron de Cofco expliquait son ambition mondiale. Ning Gaoning venait de dépenser 3 milliards de dollars pour mettre la main sur le négociant néerlandais Nidera et 51% du hongkongais Noble. En décembre dernier, il a déboursé 750 millions de plus pour prendre le contrôle total de Noble.

Cofco participe à l’effort national pour réduire la dépendance de la Chine aux opérateurs occidentaux afin de nourrir son 1,3 milliard d’habitants. Cette année s’annonce toutefois délicate: Ning Gaoning vient de partir pour diriger le spécialiste des semences Sinochem alors que Noble a enregistré une perte de 1,7 milliard, sa première en vingt ans.

3. Dalian Wanda, les loisirs autrement

Wang Jianlin a monté toutes les marches pour être aujourd’hui l’homme le plus riche de Chine. Réputé proche de Xi Jinping, il a bâti Dalian Wanda, un empire «qui pousse à l’extrême l’intégration du divertissement et de l’immobilier. En cela, il est innovant», décrypte le consultant Alain Sépulchre.

Plus grand promoteur immobilier de Chine, Dalian Wanda, 130 000 employés, s’est mondialisé en menant une série d’acquisitions. Vendredi, AMC, la chaîne de cinémas que Wang Jianlin s’est offert en 2012 pour 2,6 milliards de dollars, s’est engagée à acheter Carmike, une autre chaîne américaine, pour 1 milliard. En janvier, Dalian Wanda avait déjà dépensé 3,5 milliards pour prendre le contrôle de Legendary Entertainment, le studio américain qui a produit Jurassic World. L’an dernier, en Suisse, Infront Sports a été repris, pour 1 milliard de francs.

Wang Jianlin a annoncé la semaine dernière la création en 2024 près de Paris, pour 3 milliards d’euros, d’un centre qui combine centres commerciaux, parcs à thème, hôtels et cinémas. Mais le modèle a une limite: en janvier, Standard & Poor’s et Fitch ont abaissé sa notation juste un cran au-dessus d’une dette considérée comme «pourrie».

4. Haier, champion de l’électroménager

Il vient de réaliser sa plus grande acquisition. En janvier, Haier a annoncé le rachat de l’électroménager de General Electric (GE). Le spécialiste des aspirateurs, machines à laver et autres climatiseurs a mis 5,4 milliards de dollars pour damer le pion au suédois Electrolux qui voulait reprendre cette activité. Les autorités américaines de la concurrence bloquaient toutefois la transaction.

Au final, GE s’en sort bien, Haier payant 2 milliards de plus qu’Electrolux. Un prix qui permet au chinois, selon les analystes, de faire un pas de géant aux Etats-Unis, un marché jusqu’ici dominé par Whirlpool, Electrolux et GE.

Haier, coté à Hongkong mais toujours contrôlé par l’Etat chinois, avait déjà acheté le néo-zélandais Fisher & Paykel Appliances en 2012, pour près de 500 millions de dollars. Il venait de reprendre Sanyo Electric à Panasonic pour 130 millions. Le groupe aux 55 000 employés profite de sa «position dominante» en Chine, une véritable vache à lait qui permet de financer les acquisitions, relève le courtier CLSA.

5. Lenovo, plus que des PC

Lorsqu’il a racheté les ordinateurs IBM, en 2005, pour 1,75 milliard de dollars, Lenovo s’est fait connaître du monde entier. Le groupe privé chinois créé à Pékin en 1984 par des universitaires est aujourd’hui le numéro trois mondial des PC, derrière les Américains Dell et HP.

La structure géographique de son chiffre d’affaires prouve qu’il s’agit d’un des groupes chinois les plus mondialisés: 27,5% sont réalisés en Chine, 31% en Amérique, 27% en Europe, le reste en Asie. Il emploie 33 000 personnes dans 60 pays.

Sous la houlette de Yang Yuanqing, un habitué de la réunion du WEF à Davos, Lenovo a mené d’autres acquisitions. Comme l’activité serveurs d’IBM, acquis pour 2,3 milliards, en 2014. La même année, il a grandi dans les téléphones portables. Pour 2,9 milliards, Lenovo a repris Motorola à Google, que le géant du Web avait acheté 12,5 milliards en 2011.

Yang Yuanqing s’était engagé à remettre Motorola sur pied en trois à cinq trimestres. Mais, deux ans après son rachat, CLSA relève que le segment mobile de Lenovo n’approche que maintenant des chiffres noirs.


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