Conjoncture

Les entreprises aussi confiantes qu’avant le choc du franc fort

Pour la première fois depuis l’abolition du cours plancher de l’euro, plus de la moitié des directeurs financiers suisses sont à nouveau optimistes quant à l’évolution financière de leur entreprise. De son côté, le Créa a révisé ses prévisions de croissance à la hausse

Malgré le franc fort, l’environnement international en matière de taux d’intérêt ou les rapports délicats entre la Suisse et l’Union européenne, 53% des 111 directeurs financiers helvétiques (CFO) interrogés pour le 3e trimestre (contre 49% au 2e trimestre) évaluent les perspectives financières de leur entreprise comme positives sur les douze prochains mois, révèle un sondage publié lundi par le cabinet de conseil Deloitte.

Seule une petite partie (12%, contre 20% au 2e trimestre) d’entre eux évalue ces mêmes perspectives avec pessimisme. Ces deux valeurs sont les plus positives, ou les moins négatives, depuis le choc du franc fort en janvier 2015.

Bonne conjoncture attendue

La confiance est notamment soutenue par des perspectives conjoncturelles positives. Quelque 40% des CFO interrogés les considèrent comme positives et 12% comme négatives. Ces résultats représentent une nouvelle hausse de 14% de l’optimisme des responsables par rapport aux mêmes valeurs au cours de l’été.

L’optimisme est également de mise dans les prévisions des chiffres clés des entreprises. Près de deux tiers des CFO interrogés (64%) tablent ainsi sur une augmentation du chiffre d’affaires de leur entreprise au cours des douze prochains mois.

Malgré une légère hausse de confiance en matière de flux de trésorerie et de marges, la pression sur ces dernières reste toutefois bel et bien présente en Suisse, relève Deloitte. Comme précédemment, davantage d’entreprises anticipent une baisse (31%) qu’une hausse (24%) des marges.

Hausse des investissements

Cela ne devrait pas se faire ressentir sur les investissements à venir. En effet, près de 40% des directeurs financiers tablent sur des valeurs à la hausse, aussi bien concernant les investissements de remplacement que les nouveaux investissements, ou encore le nombre de collaborateurs.

La situation en matière de financements externes reste actuellement attrayante pour les entreprises suisses, grâce à des taux historiquement bas. Les crédits bancaires sont ainsi considérés par plus de 70% des CFO interrogés comme la meilleure source de financement.

Cependant, les résultats du troisième trimestre prédisent une demande en crédits toujours modeste pour les douze prochains mois. Cette retenue s’explique par l’aversion toujours élevée envers une hausse des risques portée au bilan et par les conséquences incertaines des taux négatifs.

Adaptation aux risques

«Les perspectives économiques des entreprises suisses ont connu une nouvelle légère hausse au cours des derniers mois. Il semblerait que les CFO et leurs entreprises se soient mieux adaptées aux risques externes sur le long terme et les abordent avec une certaine routine», explique Michael Grampp, chef économiste de Deloitte Suisse.

Ce dernier souligne toutefois que ces prévisions positives ne doivent pas masquer les grands défis auxquels les entreprises doivent toujours faire face. Ainsi, une majorité de sociétés (61%) constate actuellement les effets des taux d’intérêt négatifs, qu’elles jugent négatifs à 48% et positifs à hauteur de 13%.

Les répercussions négatives sont très variées et s’étendent d’une hausse des coûts ou des taux d’intérêt négatifs sur le capital d’épargne, à un manque d’opportunités de placement, en passant par des effets négatifs pour les caisses de pension. Les CFO ne voient en revanche comme effet positif que les taux d’intérêt bas sur le capital emprunté.

L’insécurité toujours élevée

Les CFO restent par ailleurs partagés concernant l’insécurité sur l’ensemble de l’environnement économique. Près de deux tiers d’entre eux (63%) la considèrent toujours comme élevée. L’écrasante majorité (81%) relevée à la suite du choc du franc fort poursuit toutefois sa baisse régulière.

Les derniers facteurs d’insécurité en date, tels que la mise en œuvre du Brexit, n’ont en rien altéré cette évolution, note encore le cabinet de conseil.

Le Créa plus optimiste

Le Créa révise ses prévisions de croissance pour la Suisse à la hausse. L’Institut de macroéconomie appliquée de l’Université de Lausanne s’attend à une progression du produit intérieur brut (PIB) de 1,3% en 2016 et de 1,5% en 2017, contre des estimations antérieures de 1,1% et de 1,2%.

«Même si elle est positive, la croissance n’est pas très solide», a déclaré lundi à l’ATS, Délia Nilles, directrice adjointe du Créa. «Si nous avons révisé nos prévisions à la hausse, c’est uniquement parce que la consommation privée est moins basse qu’en début d’année», a-t-elle ajouté.

La consommation privée continue toutefois d’évoluer sous sa croissance de long terme, freinant le PIB, précise l’institut. Elle a stagné au 2e trimestre, pour la 4e fois en environ deux ans. Elle devrait s’élever à 1,1% en 2016 et à 1,3% en 2017.

De plus, les incertitudes conjoncturelles dans les pays voisins restent nombreuses et les risques demeurent essentiellement baissiers, en particulier eu égard aux conséquences à moyen et long termes du Brexit, explique le Créa dans le communiqué. Les impacts négatifs se trouveront du côté des exportations, qui après avoir surmonté le choc du franc fort en 2016, devraient à nouveau se replier légèrement en 2017.

Inflation positive en 2017

Les exportations réelles devraient croître de 5,6% en 2016. La hausse ne sera plus que de 1,7% en 2017.

Après avoir deux années de déflation, soit -1,2% en 2015 et -0,4% en 2016, le niveau général des prix devrait augmenter légèrement en 2017 (+ 0,6%) et en 2018 (+ 0,8%). Le Créa estime aussi que les taux d’intérêt resteront bas encore en 2017, avant de montrer une certaine tendance à la hausse en 2018.

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