En matière d’énergie renouvelable, la Suisse se donne bonne conscience grâce à la force hydraulique, qui représente 56,6% de la production électrique nationale, contre 12,4% au sein de l’Europe des Quinze. Par contre, elle est à la traîne dans le domaine des nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse).

Les entreprises électriques suisses devront investir massivement et rapidement s’adapter à la nouvelle donne énergétique qui prévoit, dans la stratégie 2050 du Conseil fédéral, la sortie progressive du nucléaire. Elles sont conscientes de la situation et majori­tairement prêtes à le faire, selon une récente étude d’Ernst&Young ­reposant sur les témoignages de 44 responsables de sociétés suisses d’électricité. Le rattrapage à effectuer est important, alors qu’une seule entreprise suisse, sur les 183 examinées dans le monde par une analyse de la Banque Sarasin, est qualifiée de verte. Il s’agit du groupe grison Repower, actif dans l’hydraulique en Suisse et dans l’éolien en Allemagne.

Alpiq se situe en queue de peloton, alors que le groupe bernois FMB Energie est classé dans la moyenne. Ces deux sociétés n’obtiennent pourtant pas le label de durabilité de la Banque Sarasin, car plus de 5% de leur chiffre d’affaires provient de la vente de courant nucléaire. Parmi les sociétés les mieux placées, on peut citer l’entreprise portugaise EDP, les groupes autrichiens Verbund et EVN, de même que la société californienne Calpine, spécialisée dans la géothermie. Selon l’analyste, les sociétés les plus rentables seront celles qui sauront le mieux relever le défi des nouvelles énergies renouvelables.

Depuis l’an 2000, les investissements dans l’éolien en Europe ont généré une puissance de 84 millions de kilowatts, et ceux dans le photovoltaïque de 47 millions. Ces deux sources dépassent la capacité des nouvelles centrales à gaz installées, alors que, dans le même temps, l’énergie nucléaire a «perdu» 14 millions de kilowatts.

Aujourd’hui, les nouvelles énergies renouvelables représentent 0,26% de la production suisse. Cette part est proportionnellement 34 fois plus importante en Allemagne, 12 fois en Autriche, et 7 fois en France, selon les dernières statistiques de l’Office fédéral de l’énergie.

Les responsables d’entreprise interrogés par Ernst&Young sont parfaitement conscients de ce retard. La majorité d’entre eux pensent que les objectifs de la stratégie 2050 du Conseil fédéral pourront être atteints. 27% estiment que ce ne sera pas le cas. Selon eux, les problèmes de financement (48 mil­liards de francs devisés), d’intégration au réseau, et d’acceptation de la population, compliqueront sérieusement la réorientation de la politique énergétique. Reste que ces groupes pensent que, en 2020, 22,9% du chiffre d’affaires global et 19% de la fourniture de courant électrique proviendront des nouvelles énergies renouvelables, en partie importées.

Les investissements dans le solaireet l’éolien dépassent ceux dans les centrales à gaz combiné