Aux Etats-Unis, la délocalisation de plusieurs dizaines d'entreprises de services fait couler beaucoup d'encre. La polémique est vive, d'autant plus que l'emploi est l'un des thèmes les plus chauds en cette année électorale. Des chiffres – 3,3 millions de places de travail dans les services partiront à l'étranger d'ici à 2015, selon une étude de Forrester Research – ont jeté de l'huile sur le feu. Et en Europe? Quatre grandes entreprises de services sur dix se préparent à exporter une partie de leurs activités. 90% d'entre elles sont d'origine britannique, allemande et du Benelux. Les premiers pays d'accueil se trouvent en Europe, devant l'Asie.

Tels sont quelques-uns des points forts d'un sondage réalisé auprès de 500 grandes entreprises européennes par Roland Berger Strategy Consultants (RBSC-Munich) et la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced). Les résultats ont été rendus publics en marge de l'assemblée générale de la Cnuced, qui a débuté lundi à São Paolo. Selon Andreas Buerge, partenaire de la filiale suisse de RBSC, une étude exhaustive sur la Suisse est en voie d'être terminée. «La tendance chez nous est comparable à celle de nos pays voisins, explique-t-il. Nous voulons maintenant savoir s'il y a une réorientation en ce qui concerne les pays d'accueil.» Selon lui, tout laisse croire que la proximité, une culture et une langue partagée avec les nouveaux pays membres de l'Union européenne seront déterminants. Autre remarque: les grandes entreprises suisses sont déjà très présentes à l'étranger, à l'instar de grandes banques et autres multinationales qui ont délocalisé certaines activités depuis plusieurs années.

Les avantages comparatifs dans les pays d'accueil (coût de production, disponibilité de l'expertise) sont certes les raisons les plus importantes qui poussent les entreprises à délocaliser. Mais selon l'étude de RBSC/Cnuced, la volonté de suivre les concurrents est également décisive. Près de 80% des entreprises sondées se disent satisfaites de leur stratégie de délocalisation, contre 3% qui se déclarent franchement insatisfaites. En Grande-Bretagne, même le service public a recours à des sociétés de services étrangères, notamment en Inde.

Les entreprises européennes délocalisent surtout en Europe où certains pays ont mis en place des stratégies de séduction. Les principales destinations en Europe occidentale sont la Grande-Bretagne, l'Irlande, l'Espagne et le Portugal. En Europe de l'Est, il s'agit de la Pologne, de la Hongrie et de la Roumanie. Quatre projets sur dix vont en Asie, notamment en Inde. En terme d'emplois, la part asiatique est la plus importante. L'étude fait par ailleurs ressortir que certaines entreprises d'Europe du sud lorgnent vers l'Amérique du Sud. Elles seraient attirées par les efforts de promotion, notamment au Brésil et au Mexique.

Selon l'étude, il n'y a pas de secteurs d'activités qui ne pourraient être transférés à l'étranger. Pour l'heure, la comptabilité, l'informatique, la gestion des ressources humaines, le back-office ainsi que les centres d'appels sont exportés sans difficulté.

Le sondage relève que les entreprises font tout pour éviter la publicité lorsqu'elles délocalisent leurs activités. Elles craignent en effet des réactions négatives de l'opinion publique. Pour Karl Sauvant, directeur de la division Investissement à la Cnuced, la polémique, si animée aux Etats-Unis, atteindra inéluctablement l'Europe où le nombre de délocalisations devrait croître ces prochaines années. «Pour l'heure, les gens n'ont pas mesuré l'ampleur de ce phénomène, dit-il. Mais ces derniers doivent comprendre qu'il renforce la compétitivité des entreprises, tout en étant une chance en terme de création d'emplois pour les pays d'accueil.»