Assistance

Les entreprises face à la menace terroriste

Selon la dernière étude d’International SOS, le risque d’attentats préoccupe 11% des voyageurs d’affaires. Les explications avec Aurore Chatard, spécialiste en sûreté personnelle et ex-officier de la Marine française

Larcins, accidents, catastrophes naturelles, coups d’État, attentats suicides: International SOS est l’agence tous risques des multinationales. Le leader mondial de l’assistance sanitaire et sécuritaire dédiée aux hommes et aux femmes d’affaires a publié voilà dix jours son dernier rapport sur les perspectives 2016 des risques pour les voyages à motif professionnel. Le siège européen de l’entreprise organise ce mercredi dans ses locaux proches de Cointrin une conférence sur la menace terroriste. Un thème de préoccupation ayant gagné en importance depuis les attaques de Paris, en novembre dernier, suivies de celles de Bruxelles, le mois passé.

Lire aussi: «Nous sommes le fruit de la mondialisation»

«Pour l’heure, nous restons en degré de risque bas en Europe», affirme d’office Aurore Chatard, responsable en sécurité chez International SOS. L’experte en sûreté personnelle, par ailleurs ex-officier de la Marine française pendant onze ans – elle a été lieutenant de vaisseau, l’équivalent du grade de capitaine dans l’armée de terre – base ses propos sur une évaluation objective de ses spécialistes à l’interne. «Mais nous sommes à la limite, nuance celle qui a été déployée par le passé dans des zones de conflits tels le Liban, le Kosovo ou l’Afrique de l’Ouest. Il manque peu d’éléments pour basculer en risque moyen.»

Genève, bon élève

Dans ce contexte, Genève se situerait dans un degré de danger inférieur au reste du Continent, «car les autorités font preuve ici d’une capacité de réponse adéquate», estime Aurore Chatard. Et la spécialiste en sûreté de pondérer: «Toutefois, notre étude 2016, réalisée entre décembre et janvier derniers, montre que 11% des voyageurs d’affaires interrogés se disent préoccupés par le danger terroriste. Ce taux n’est pas négligeable.» La menace d’attentats fait partie des six craintes principales des effectifs mobiles des entreprises, derrière la petite délinquance (34%), les accidents de la route (33%) et l’insécurité dans les transports publics (18%). «La médiatisation des dernières attaques à Bruxelles a certainement depuis fait grimper le sentiment de danger, soit le risque subjectif», ajoute-t-elle.

Malgré ces résultats, juge International SOS, un tiers des entreprises ne préparent toujours pas suffisamment leurs employés avant un voyage à l’étranger. «Ce d’autant plus que nous observons une recrudescence de ce type de crises aiguës depuis trois ans, comme l’attentat avorté dans un hôtel à Bamako la veille de Bruxelles, ou encore l’attaque terroriste survenue lundi matin à trois heures au Congo Brazzaville, mais dont on parle moins», prévient Aurore Chatard. Selon elle, la prévention souffre de sérieuses lacunes, en particulier dans les sociétés helvétiques. «La France, pour des raisons historiques sans doute, est beaucoup plus mature sur ce point. Les sociétés de l’Hexagone, qui envoient leurs ingénieurs et leurs commerciaux dans les mêmes régions que leurs homologues suisses, structurent davantage leur politique de sûreté en voyage. On sent une réelle volonté de mettre en œuvre son devoir de protection. Ce qui est pour l’instant moins le cas en Suisse, où il y a encore un gros travail d’éducation à faire.»

Pour l’heure, le marché helvétique génère quelque 4% du chiffre d’affaires d’International SOS, lequel s’élève à 1,5 milliard de dollars (en honoraires) par an. L’entité affiche une croissance annuelle de 15% en moyenne.

La Toile doit être sondée en permanence

Comment gère-t-elle une attaque terroriste? «Personne ne pensait revoir des attentats d’une telle ampleur en Europe, dans des villes figurant parmi les plus importantes destinations du Continent», rappelle Aurore Chatard, membre d’une escouade de 200 salariés (des ex-policiers, d’anciens journalistes, des spécialistes de la veille Internet et de la surveillance réseaux sociaux, etc.) dédiés à la gestion sécuritaire, contre environ 10 800 collègues chargés des cas sanitaires.

Lorsque les premières bombes ont explosé à l’aéroport de Zaventem, il était environ 8 heures du matin. «Il nous a fallu quelques minutes pour réaliser un état des lieux précis et publier nos premières recommandations, avant de nous réunir en cellule de crise», se souvient celle qui vérifie toujours plusieurs fois les informations qui lui parviennent, afin d’éviter de diffuser de fausses alertes, comme les rumeurs de tirs sur le parvis de Notre Dame colportées les jours qui ont suivi les tragédies de Paris.

Aider le collaborateur et son manager

Il faut ensuite gérer le flot d’appel provenant de la clientèle. «En une journée, nous avons dû traiter plusieurs centaines de demandes», précise Aurore Chatard. Le rôle d’International SOS dans ce genre de situation: expliquer, conseiller, éventuellement aider à revoir les plans commerciaux de ses clients et, surtout, permettre de compter le personnel déployé sur le terrain de crise. «Nous agissons en parallèle sur deux volets: au profit du collaborateur et dans l’intérêt du manager», insiste Aurore Chatard. L’employé reçoit des informations sur le comportement qu’il doit adopter en terrain hostile et est invité à communiquer le plus rapidement possible son état de santé. Son responsable, lui, doit pouvoir connaître lequel de ses collaborateurs est encore actif et où il se trouve.

«Dans les heures qui ont suivi les attentats à Zaventem, nous avons envoyé équipe médicale par voie terrestre de Paris à Bruxelles, conclut-elle. Cette collaboration propre à notre dispositif intégré, a conduit à constater le décès de plusieurs collaborateurs parmi nos clients.»

Publicité