Les entreprises aiment-elles Swiss? Incitent-elles particulièrement à voler avec la compagnie nationale alors que cette dernière tente de survivre? Non. Comme les pouvoirs publics, pour elles, point de patriotisme.

Pour être exact, il faut mentionner trois exceptions de taille: les deux plus gros bailleurs de fonds privés de Swiss, UBS et Credit Suisse Group (ils possèdent 20% du capital avec 350 millions de francs injectés) continuent de favoriser la compagnie. Chez UBS, environ 70% des vols sont effectués par Swiss. Chez CSG, on affirme qu'elle reste la compagnie privilégiée. C'est la Banque Cantonale de Zurich, également impliquée dès les débuts de Swiss pour conserver le hub zurichois, qui s'avoue le plus fervent supporter: «La banque garde sa confiance dans Swiss en ces temps difficiles et, chaque fois que les liaisons sont directes, fait voler ses employés avec Swiss», note Urs Ackermann, porte-parole.

En dessous de ce sommet de la pyramide, le pragmatisme l'emporte, même parmi les sociétés qui, comme Novartis et Nestlé, ont investi dans Swiss. «Nous avons conclu des accords avec quelques compagnies qui nous octroient des rabais et que l'on recommande à nos collaborateurs, explique Marcel Rubin, porte-parole de Nestlé. A eux ensuite de faire leur choix en fonction des horaires et des destinations. On ne met pas plus Swiss en avant qu'une autre compagnie.»

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas le prix qui fait la différence car, exception faite des transporteurs low cost, après négociations entre grandes entreprises et compagnies aériennes, les tarifs sont plus ou moins similaires. Auprès des entreprises consultées, parmi lesquelles l'Union Bancaire Privée, Serono ou Novartis, entrent avant tout en considération les liaisons et leurs fréquences. Mais à prestation égale, relève le porte-parole de la société pharmaceutique bâloise, Swiss sera souvent préférée.

La Suisse romande délaissée

Si les sociétés alémaniques restent de grosses consommatrices de Swiss en raison de son vaste réseau international, il n'en va plus toujours de même en Suisse romande, puisque les voyageurs partent de Genève. Depuis le rapatriement de presque tous les vols intercontinentaux à Zurich, la compagnie a perdu un avantage concurrentiel certain. «Pour les destinations lointaines, quelle différence existe-t-il entre un transit par Paris ou Zurich?» s'interroge Marcel Rubin. L'arrivée des low cost à Genève a encore défavorisé Swiss. Même les banques, qui doivent réduire leurs coûts, sont séduites. «EasyJet n'est pas obligatoire mais encouragé», confirme Didier Aulas, porte-parole de l'Union Bancaire Privée. Si la société anglaise ne représente pas toujours la panacée (faible fréquence des vols, peu de destinations), les autres compagnies européennes font aussi bien l'affaire que Swiss sur plusieurs lignes. Pour Paris par exemple, Air France propose deux fois plus de liaisons que la firme bâloise, rappelle Benjamin Garaï, responsable d'un bureau genevois du voyagiste d'affaires American Express.

«Les moyennes et grandes entreprises qui sont nos clientes, note Stephan Wehrle, responsable de la communication chez BTI Kuoni à Zurich, avaient une grande confiance dans Swiss à ses débuts, même si la compagnie était déjà critiquée par les médias. Elles essayaient d'utiliser Swiss autant qu'elles le pouvaient. Mais depuis le mois de mars, règne une plus grande incertitude. Nos clients nous interrogent sur l'avenir de la compagnie, demandent des alternatives. Celles-ci existent mais les liaisons des concurrents sont moins directes. La part de marché de la compagnie helvétique diminue, mais pas dans des proportions dramatiques. Nous vendons toujours majoritairement des billets Swiss.»

Benjamin Garaï le pense aussi. A ses yeux, les vieilles habitudes ne se perdent pas, notamment dans les banques. «Voler Swiss fait toujours bien, constate-t-il. Elle reste la compagnie privilégiée, d'autant que l'on arrive mieux à négocier les prix aujourd'hui qu'il y a un an.» Sans oublier la possibilité d'accumuler des miles grâce à certaines cartes de crédit: deux francs dépensés donnent droit à un ou deux miles gratuits selon la carte. Et à en croire notre interlocuteur, dans les banques, elles font fureur.