Entre-Temps…

Des entreprises sous hypnose

Les révolutions technologiques posent autant de nouvelles questions qu’elles résolvent d’anciens problèmes

Les révolutions technologiques peuvent être dangereuses: soit on ne les voit pas arriver, soit elles deviennent une telle obsession que les chefs d’entreprise en oublient les priorités stratégiques de leur compagnie. Il est facile de passer de la fascination à l’hypnose. C’est le risque qui nous guette aujourd’hui.

L’intelligence artificielle et la robotique impressionnent à juste titre. Si elles sont tellement présentes dans les médias, c’est peut-être aussi parce qu’elles renvoient à un imaginaire collectif qui a précédé leur arrivée. Les romans d’Isaac Asimov, Star Trek ou la Guerre des étoiles ont depuis longtemps fait entrer dans notre culture les androïdes dotés d’intelligence supérieure.

Les révolutions technologiques s’accélèrent

De plus, les révolutions technologiques s’accélèrent. Il a fallu 7000 ans pour passer de l’agriculture à l’écriture, 4500 ans pour connaître l’imprimerie et encore 200 ans pour la machine à vapeur. En revanche, aujourd’hui, il a été possible d’assister en une seule vie à quatre révolutions: l’arrivée de l’informatique personnelle, internet, la télécommunication mobile et maintenant l’intelligence artificielle. Les révolutions technologiques ne se banalisent pas mais leur rapprochement permet d’identifier des similitudes.

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Elles s’imposent selon un cycle bien précis. Tout d’abord le refus: c’est marginal. Puis la curiosité: pourquoi pas? Puis l’intérêt: il faudrait voir cela de plus près. L’effet de mode: si tout le monde en parle, cela doit être vrai. Enfin le réalisme: quels sont les risques? Aujourd’hui, l’intelligence artificielle surfe sur la quatrième phase, celle de l’effet de mode. Il est impossible de lire un journal ou d’assister à une conférence sans être inondé de ses bienfaits. Mais y a-t-il un revers de la médaille?

La technologie n’est pas un but en soi

Chaque nouvelle technologie facilite l’activité des entreprises mais elle n’est pas un objectif en soi. L’informatique ou internet n’ont jamais empêché une entreprise de faire faillite. Les nouvelles technologies sont comparables à l’acquisition d’une voiture plus rapide. C’est excitant. Mais tôt ou tard la question va surgir: «Pour aller où?»

Les révolutions technologiques posent autant de nouvelles questions qu’elles résolvent d’anciens problèmes. De plus, il existe une constante: le nombre de problèmes à résoudre ne change pas d’une révolution à l’autre. Seuls leurs natures ou leurs impacts sont différents. Il y en a tout autant qu’avant et ils absorbent le même temps de management. Les messageries permettent de communiquer plus vite, mais nous font perdre du temps en spams et en virus. Frustrant, mais bien réel.

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Elles ont aussi leurs limites, comme les anciennes. Par exemple, l’intelligence artificielle est incapable de se coupler à une mobilité physique comparable à la nôtre. Elle ne peut pas non plus s’extirper de la nécessité d’un apport constant en énergie. La blockchain qui s’épanouit dans un monde décentralisé et sans intermédiaire soulève l’importance d’identifier le responsable légal en cas de malversations.

La question de l'homme augmenté

L’intelligence artificielle créera probablement un homme augmenté maîtrisant une immensité de données et de compétences. Mais fera-t-il moins d’erreurs? Sera-t-il moins responsable de ses actes? Et les entreprises donneront-elles un meilleur produit à leurs clients, ou sombreront-elles dans de nouveaux processus incompréhensibles et coûteux?

Trop d’entreprises sont sous hypnose par rapport à ces nouvelles technologies. Elles se précipitent tête baissée dans des programmes claironnant leur transformation numérique. C’est certainement une condition nécessaire au succès. Mais est-ce leur raison d’être par rapport à leurs clients? Les révolutions technologiques et leur retentissement médiatique sont parfois des fascinations mortelles pour les entreprises: elles leur font oublier leurs objectifs.

Il y a déjà plusieurs décennies, Peter Drucker avait remis l’église au centre du village: «L’objectif fondamental de toute entreprise est d’abord de créer un client.» Tout le reste y est subordonné, même les révolutions technologiques les plus fascinantes.

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