La consolidation du secteur de l'aluminium continue de produire des remous. Après l'annonce du rapprochement d'Alusuisse, Pechiney et Alcan, les syndicats comme les marchés s'interrogent.

D'un point de vue social, les trois entreprises estiment que la restructuration consécutive à la fusion entraînera une réduction de 5% des effectifs au niveau mondial. Selon elles, les 4000 emplois concernés, essentiellement des cols blancs qui travaillent dans les sièges des firmes, devraient être supprimés par des mises à la retraite anticipée. Algroup a souligné que la Suisse ne devrait pas être concernée par ces programmes. La FTMH, la Syna, le SIB ainsi que l'Union syndicale du Haut-Valais et celle du Valais réclament une discussion avec le gouvernement valaisan et la direction d'Algroup. «Jusqu'ici, aucune rencontre entre les syndicats et des représentants d'Algroup au sujet de la fusion n'a encore eu lieu», a déclaré à l'ATS le secrétaire de l'Union syndicale du Haut-Valais, Beat Jost.

Une journée riche en événements

Du côté des marchés, «le jour d'après» l'annonce de l'opération APA a été riche en événements. Dans une interview à Europe 1, le patron de Pechiney Jean-Pierre Rodier sous-entendait jeudi matin que le groupe nouvellement formé pouvait lancer une contre-offre sur l'américain Reynolds. Un moyen de s'opposer au géant Alcoa qui, quelques heures à peine après l'annonce du regroupement de ses trois principaux concurrents, avait rendu publique mercredi une offre de 5,6 milliards de dollars sur Reynolds. Quelques heures plus tard, Jacques Bougie, le PDG du canadien Alcan, qui détiendra 47% d'APA, a remis les pendules à l'heure lors d'une conférence de presse à Montréal. Son groupe ne pratiquera pas de surenchère sur Reynolds… Mais il ne s'interdit pas de pratiquer de nouvelles acquisitions dans un proche avenir, a-t-il lancé.

Dans le même temps, une autre rumeur prenait forme, initiée par l'édition du matin du Wall Street Journal Europe faisant état de la possibilité pour l'allemand Viag de se séparer de ses activités dans l'aluminium et l'emballage, sa division VAW. Une situation qui ne manque pas de sel puisque cette compagnie avait tenté l'hiver dernier de se rapprocher d'Algroup. Mais à l'époque une appréciation différente du poids de chacun dans la nouvelle entité et la crainte des Suisse de se voir intégrer dans un groupe actif dans l'électricité et les télécommunications avaient mis fin au projet. Jacques Bougie, d'Alcan, tentant peut-être d'allumer un contre-feu, a signalé lors de sa conférence qu'il s'attendait à d'autres rapprochements dans l'industrie. Selon lui, le norvégien Norsk Hydro pourrait s'allier avec VAW justement. Les deux compagnies n'ont pas souhaité commenter cette assertion.

«Si j'étais à la place de la direction d'APA, explique Christian Georges, du Crédit Lyonnais Securities à Londres, je me concentrerais dans un premier temps sur la fusion des trois partenaires. Ensuite, le groupe pourrait être en bonne position pour reprendre les activités de Viag qui l'intéressent.» «Tout est possible», estime Marc Gemoetz, de Bordier & Cie à Genève. L'analyste rappelle que le marché de l'aluminium pousse à la consolidation. Le prix bas du métal a fortement pesé sur la rentabilité des firmes qui se regroupent pour baisser leurs coûts. De plus, la concentration dans le secteur de l'automobile, l'un des principaux débouchés du secteur, provoque des tensions sur les prix. APA n'a que 14% de parts de marché dans l'aluminium et son concurrent Alcoa 13,5%. Pour Marc Gemoetz, les cibles les plus convoitées ces prochains mois seront Viag et Reynolds mais aussi Billiton. Ce dernier acteur, le cinquième producteur mondial d'aluminium, a vu son titre progresser de 13% jeudi.