Les entreprises contribuent au financement d’Aquatis à Lausanne

Musée Le chantier du futur aquarium d’eau douce, devisé à 50 millions de francs, a démarré mardi

Les PME mandatées sur le projet versent 5% de leur facture sous forme de don

L’arapaima est un de poisson de la famille des Osteoglossidés vivant en Amazonie. Il peut atteindre jusqu’à 3 mètres de long pour 300 kilos. Cette espèce sera parmi les plus spectaculaires visibles à Aquatis, qui accueillera ses premiers visiteurs à l’été 2016. La première pierre de cet aquarium d’eau douce, le plus grand de Suisse, a été posée mardi, en présence du gratin politique vaudois, sur les hauts de Lausanne.

Imaginé dès le début des années 2000, ce projet bâti sur le parking de Vennes, est aujourd’hui ­associé à un hôtel de 143 chambres, qui ouvrira l’année prochaine. «L’union des deux permet d’avoir des synergies, par exemple en termes de personnel de réception ou de services techniques», souligne Bernard Russi, président et directeur général de Boas, qui coordonne l’ensemble avec le groupe de construction Grisoni-Zaugg. «Ce sera une extraordinaire plateforme de dialogue entre les scientifiques et le grand public sur la thématique de l’eau douce», se félicite Michel Etter, muséologue.

Le coût de cet aquarium et ­musée de l’eau, dessiné par le bureau d’architectes Richter - Dahl Rocha & Associés, s’élève à quelque 50 millions de francs, dont 15,5 sont dédiés à la muséologie. Cette tranche doit être trouvée par la Fondation Aquatis, garante éthique du projet. Pour l’heure, seuls 5 millions sont assurés, a confirmé Yves Christen, son président: «Nous devons encore trouver 10 millions de francs dans les deux à trois ans, auprès d’autres fondations ou de mécènes.» Des dossiers de sponsors pressentis, comme Nestlé Waters, sont actuellement gelés.

Plus exceptionnel, sur la somme déjà récoltée, 2,5 millions proviennent directement des entreprises mandatées. Ainsi, chacune des quelque 40 sociétés qui travailleront sur ce chantier reversera 5% de sa facture sous forme de don. «Ce fut le fruit d’une négociation, mais c’était inscrit dans leur cahier des charges et cela s’est déjà pratiqué ailleurs, par exemple pour les remontées du Moléson. Les entreprises n’ont donc pas été contraintes de le faire, puisqu’elles connaissaient les conditions au préalable», indique Bernard Russi.

Pour la majorité d’entre elles peut-être, mais pour le bureau d’architecte lausannois, à l’origine du projet, ce ne fut pas si limpide. «C’est la première fois que je rencontre ce type de financement, explique Jacques Richter, cofondateur de la PME. En ce qui nous concerne, cette contribution fut un peu forcée, puisqu’elle est arrivée après le début de notre mandat. Cela dit, nous l’acceptons volontiers, car ce projet est vraiment exceptionnel.» Actuellement, le bureau continue à réfléchir à des façades innovantes, pour contribuer à rendre ce bâtiment encore plus extraordinaire.

«C’est vrai que la procédure est rare, mais nous n’avons pas rencontré de mécontentement des ­sociétés sur ce mode de financement, estime pour sa part un des chefs de projet chez Grisoni-Zaugg. Aquatis a des vertus que les entreprises ont également envie de soutenir.» Soulignons qu’Aquatis a déjà signé des partenariats avec plusieurs institutions scientifiques de l’Arc lémanique qui travaillent dans le domaine de l’eau, comme l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

A terme, les promoteurs tablent sur 380 000 visiteurs par an. «C’est vrai que c’est ambitieux et que nous prenons des risques, estime Yves Christen. Il ne faudra pas ­commettre d’erreur de gestion.» Ni d’erreur dans la construction du bassin principal, de 1 million de litres d’eau, pour éviter les fuites, comme ce fut le cas récemment avec l’aquarium de la Clinique des Grangettes à Genève. «Ce type de malfaçon est très rare, rassure Frédéric Pitaval, océanographe im­pliqué dans ces deux projets. Mais la conception d’Aquatis est différente, le risque est donc quasi nul.»

A terme, les promoteurs tablent sur 380 000 visiteurs par an