Novartis, Roche, Serono parmi les entreprises suisses, AstraZeneca, GlaxoSmithKline, parmi les sociétés européennes, mais également l'américaine Eli Lilly ou le numéro un mondial Pfizer annonceront leurs résultats semestriels durant cette semaine.

Les perspectives du secteur pharmaceutique sont teintées d'optimisme modéré à la suite d'un premier trimestre décevant par une faible croissance qui a prouvé que le domaine de la santé n'échappait pas à la stagnation économique, notamment aux Etats-Unis où les patients ont l'habitude, ou l'obligation, de payer directement, donc de choisir, les médicaments dont ils ont besoin.

Selon la plupart des analystes financiers, le deuxième trimestre devrait être marqué par une légère croissance, en ligne avec celle du premier trimestre. Un changement de tendance, par une nette augmentation du volume des ventes de médicaments, est attendu dès le troisième trimestre. Un bon indicateur est fourni par l'évolution mensuelle du nombre de médicaments délivrés sur ordonnance aux Etats-Unis. Alors que la tendance de la croissance a diminué de moitié – de 8 à 4%, depuis janvier 2001 –, le creux de la vague a été atteint en avril 2003, suivi d'une nette reprise en mai et juin. La hausse a été de 3,7% en juin par rapport à la même période de l'année précédente.

La courbe des dividendes trimestriels distribués (EPS) sera orientée à la baisse à fin juin, de 6% en moyenne au sein des grandes sociétés, selon les analystes de Friedman, Billings, Ramsey & Co (FBRC). «Mais ce trimestre marquera la fin d'une période de transition difficile», notent les spécialistes de FBRC. Ils prévoient une nette reprise des activités du secteur pharmaceutique dès le troisième trimestre et un regain de confiance des marchés qui sera attesté par une hausse moyenne de 13% des cours des principales entreprises durant le second semestre 2003.

Les sociétés tireront plus ou moins profit de cette reprise selon leur situation propre. Les facteurs d'influence seront principalement le nombre de nouveaux médicaments mis sur le marché, le nombre de ceux arrivant en fin de droit et mis à mal par des génériques, et enfin les situations particulières comme celle de Pfizer qui doit encaisser le choc de la fusion avec Pharmacia. Les analystes de Credit Suisse First Boston (CSFB) s'attendent par exemple à une baisse de 11% de l'EPS de Pfizer au second trimestre, suite à l'harmonisation des stocks de médicaments des deux entreprises.

Dans ce contexte, les entreprises suisses, particulièrement Novartis, devraient tirer leur épingle du jeu. Selon les prévisions de Karl Heinz Koch, de LODH, Novartis devrait annoncer lundi une progression de 9% de ses ventes au second trimestre, contre 10% au premier trimestre. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l'élément exceptionnel que fut l'acquisition de Lek, entreprise de génériques slovène qui permettra à Novartis d'augmenter de plus de deux tiers les ventes de ce type de médicaments. Le consensus des analystes s'attend à des ventes totales de 6,06 milliards de dollars (8,3 milliards de francs) au deuxième trimestre. Le bénéfice opérationnel, en hausse de 5% selon LODH, sera freiné par les frais de lancement de nouveaux produits et les coûts de construction du centre de recherche à Cambridge (Etats-Unis).

Disposer de la masse critique

Une première estimation des ventes de Roche peut être faite sur la base des chiffres déjà publiés de Genentech, entreprise dont la société bâloise est propriétaire majoritaire. Les recettes de l'entreprise américaine, spécialisée dans le traitement du cancer, ont augmenté de 29% au deuxième trimestre. Selon l'analyste de la Banque Pictet, Roche devrait annoncer mercredi une progression de ses ventes de 9,3%, à 14,3 milliards de francs à la fin du premier semestre 2003. Sur la base de l'excellent démarrage du Pegasys, un médicament contre l'hépatite C, certains analystes ont révisé à la hausse le potentiel commercial de ce produit qui était estimé entre 1 et 1,5 milliard de francs par an.

Roche, qui a multiplié les bonnes nouvelles ces dernières semaines, pourrait cependant connaître quelques problèmes à moyen terme. C'est l'avis de Karl Heinz Koch, qui constate que l'entreprise bâloise, en s'engageant sur certains marchés grand public comme l'ostéoporose, la dépression ou l'incontinence, ne dispose pas de la masse critique commerciale suffisante. La principale difficulté consistera à maintenir des marges bénéficiaires importantes tout en augmentant les charges de vente et de marketing internes ou basées sur de coûteux accords de distribution à conclure. Et si la fusion Novartis-Roche revenait d'actualité pour résoudre ce dilemme?