Risques financiers, sanitaires, réglementaires. Les nécessités de se protéger ne cessent de croître même si l’économie se prépare à la sortie de la crise du coronavirus. Or, il devient de plus en plus difficile de se couvrir contre les risques. Les primes d’assurance s’envolent. Et les coûts des sinistres de même.

Durant l’année du covid, les assureurs ont dû dépenser 38 milliards de dollars en sinistres en lien avec la pandémie. Ils sont donc contraints de limiter leurs capacités d’assurance disponibles pour les clients ou d’exclure certains risques, tels que la perte d’exploitation. D’autant plus que les risques juridiques ont pris l’ascenseur. Aux Etats-Unis par exemple, en cas d’accident, le fardeau de la preuve a été reporté de l’employé à l’employeur.

Un cycle de hausse des tarifs

La tendance à la hausse des primes a débuté avant le covid. L’indice des prix d’assurance est en hausse depuis 13 trimestres consécutifs. Le taux de progression annuel est également élevé. Il s’élève à 18% au premier trimestre 2021. Dans une branche comme la responsabilité des organes dirigeants d’entreprises, les primes ont augmenté de 50%, dans le cyberrisque de 54%, selon le courtier Marsh.

Les professionnels parlent de «hard market» pour qualifier les tendances actuelles. «Certaines couvertures sont très difficiles à placer, par exemple l’annulation d’événement», déclare dans une interview Alex Nydegger, actuaire responsable des captives auprès du courtier Kessler.

Les entreprises sont incitées à augmenter la rétention de risque, donc à le couvrir eux-mêmes, et, le cas échéant, à créer une captive d’assurance. Plutôt que de prendre par exemple une couverture responsabilité civile auprès d’un assureur traditionnel, l’entreprise crée elle-même une société dite «captive».

A lire aussi: Les assureurs dénoncent le gel du projet d’assurance pandémie par le Conseil fédéral

Le but consiste à réaliser des économies d’assurances, à accroître son indépendance à l’égard des assurances et à réduire la volatilité des flux de trésorerie, selon Alex Nydegger. Ces dernières années, on assiste également à l’émergence de nouvelles formes de captives comme les captives par compartiment (cell captives) qui permettent de disposer d’un instrument de financement alternatif du risque à moindre coût. «Le modèle d’affaires correspond un peu à celui de la propriété par étages. Les propriétaires mettent en commun une partie des charges afin de réduire leurs frais», avance Alex Nydegger. Concrètement, en créant une captive, une société mère crée une filiale qui assure en exclusivité les risques de la maison mère. En tant que société d’assurances dûment enregistrée, la captive sera surveillée par les autorités de surveillance des marchés financiers, en Suisse la Finma.

A lire aussi: Thomas Helblling, directeur de l’ASA: «La durabilité est plus actuelle que jamais durant la crise»

Diverses entreprises peuvent se mettre ensemble et créer un pool de captives pour couvrir des risques tels que l’assurance accident. La gestion d’une captive nécessite toutefois un savoir-faire complexe. Elle est donc souvent confiée à des courtiers. En Suisse, selon Alex Nydegger, Kessler, qui est membre du groupe Marsh, est le leader de la branche avec 25% de la gestion de captives dans le monde, soit 1480 captives et 60 milliards de recettes de primes pour 440 employés. L’an dernier Marsh a participé à la création de 100 nouvelles captives dans le monde, un record. L’actuaire en charge de la captive procède à une analyse des risques assurables et développe une stratégie de financement sur mesure. La complexité du processus conduit à définir une taille critique.

Pour Alex Nydegger, le seuil critique en termes de volume de primes pour envisager une captive est en constante baisse et doit être jaugé au montant des frais d’enregistrement et d’exploitation de la captive.

Surtout pour les multinationales

Traditionnellement, ce sont surtout les multinationales – connaissant un degré suffisant de centralisation de gestion des risques – qui ont une captive. Avec le durcissement du marché, et plus particulièrement depuis la crise covid qui n’a fait qu’accentuer ce phénomène, on assiste à un intérêt croissant des entreprises de moyenne taille pour cet instrument. En pratique, ce sont donc des solutions pour les multinationales.

Un marché suisse encore restreint

En Suisse, le marché des captives est ancien mais il est restreint. L’association suisse des captives (Sirca) regroupe 30 membres, avant tout des industriels, selon son directeur, lequel n’observe pas de fluctuation majeure en ce moment.

En termes de volume de primes souscrites par les captives dans le monde, on assiste depuis 2019 à une forte augmentation dans les domaines de la perte d’exploitation (+283%), l’inclusion des fournisseurs et des distributeurs (+117%), le cautionnement (+110%), et l’assurance crédit (+70%).

Selon Kessler, les principaux domaines d’assurances couverts par les captives concernent l’assurance de choses «tous risques» (30%), l’assurance RC (22%), l’assurance des accidents professionnels (20%), la RC auto (15%). Mais de nouvelles branches sont en train d’émerger, comme les cyberrisques, les prestations santé et retraite versées au personnel, l’assurance de la responsabilité civile professionnelle et les risques environnementaux.