Cela n’aura duré qu’une année. En juillet dernier, le fabricant argovien de cuisines Franke annonçait que ses employés devaient travailler 2 heures et demie de plus par semaine, soit 42,5 heures. «Depuis le début du mois de juillet, nous sommes passés à 41,25 heures. Grâce à une détente sur les taux de change, avec le dollar et la livre britannique, nous pouvons réduire le temps de travail demandé à nos 300 employés sur le site d’Aarburg (AG)», a indiqué au Temps Natascha Widmer, porte-parole de Franke. Elle précise que les objectifs de hausse de la compétitivité ont été atteints. La société, qui avait mis en place cette pratique pour lutter contre l’appréciation du franc, réfléchit désormais même à revenir à la semaine de 40 heures, dès octobre.

Franke n’est pas un cas isolé même si le taux de change franc-euro n’a que peu bougé depuis l’arrimage à la devise européenne en septembre 2011 et que la situation économique reste toujours aussi tendue. «Sur les 35 sociétés qui ont mis en place des mesures d’augmentation du temps de travail en Suisse, quinze sont revenues en arrière ou sont en passe de le faire», explique Anne Rubin, porte-parole du syndicat Unia, revenant sur une information de la presse alémanique.

«Mesures inefficaces»

Autres exemples: l’imprimerie alémanique PMC est passée de 45 heures à 40 heures. Agie Charmilles a supprimé les trois heures supplémentaires demandées à ses 750 collaborateurs sur quatre sites en Suisse, dont Meyrin (GE) et Nidau (BE). A l’inverse, Lonza va maintenir les semaines allongées de deux heures à Viège, selon un porte-parole. Il en va de même pour les 345 employés de BASF Pharma à Evionnaz (VS). La semaine de 42 heures et 40 minutes porte sur une durée de 21 mois.

Ivo Zimmermann, de l’association faîtière des machines Swissmem, confirme du bout des lèvres le phénomène. «Les augmentations du temps de travail sont des exceptions. Elles ne sont mises en place qu’en cas de nécessité absolue et en accord avec les partenaires sociaux. Leur seul objectif est de maintenir les emplois», explique-t-il. Unia livre un décryptage différent. «Ces mesures sont inapplicables et surtout n’apportent rien. Les entreprises doivent entièrement modifier leur processus de production, changer la planification et, au final, la société n’en recueille pas les fruits escomptés», d’après Anne Rubin. Les heures supplémentaires de travail n’amélioreraient que marginalement les résultats des entreprises, voire pas du tout. Car la motivation des employés baisse en parallèle, au vu notamment de la diminution du salaire horaire. «Ce retour en arrière semble prouver que ces mesures sont inefficaces», analyse Michael Beckmann, professeur à l’Université de Bâle. Travailler davantage pèse sur le moral des employés: ils passent par exemple plus de temps à la cafétéria, à fumer ou sur les réseaux sociaux, selon le professeur. «Toutefois, augmenter son temps de travail vaut bien mieux qu’un licenciement sec», rappelle-t-il.