Égalité

Les entreprises s’attaquent au sexisme

Code de conduite, ateliers anti-harcèlement… L’affaire Weinstein a incité les sociétés à développer de nouveaux programmes pour parler d’égalité au travail mais pas seulement. Et les hommes sont des participants particulièrement mobilisés

Il y a deux ans, Peter Beets est devenu féministe. Ce directeur financier de Procter & Gamble (P&G) n’était pourtant pas prédestiné à devenir militant des droits des femmes. Ce qui a provoqué ce changement n’est pas la lecture de Simone de Beauvoir, ni la participation à des manifestations pour l’égalité salariale. Peter Beets a ouvert les yeux à l’occasion d’un atelier qu’il a suivi au sein de son entreprise. «Nous étions plusieurs collaborateurs, hommes et femmes, et un animateur nous a posé des questions, sur lesquelles nous devions nous positionner, se souvient-il. J’en suis ressorti bouleversé.»

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Procter & Gamble n’a pas attendu l’affaire Weinstein, du nom du producteur de cinéma accusé de harcèlement et de viols aux Etats-Unis, pour s’intéresser à la question du sexisme. En 2014, l’entreprise a lancé en partenariat avec Catalyst son programme «MARC», comme «Men Advocating for Real Change» (les hommes défendent le changement), auquel Peter Beets a participé. Ces ateliers, qui durent deux jours, comptent 80% d’hommes et 20% de femmes. Ils sont tout simplement obligatoires pour les cadres dirigeants du géant des biens de consommation. Plus de 200 personnes y ont déjà participé, et c’est loin d’être terminé.

Pour Peter Beets, père de deux garçons et une fille, c’est d’abord à la maison que la prise de conscience a été la plus forte. «Je me suis rendu compte que quand mes fils avaient une mauvaise note en maths, je ne laissais rien passer. Par contre si c’était ma fille, je trouvais cela moins grave car je me disais qu’elle était meilleure dans les matières littéraires et artistiques, dit-il. Ce n’est absolument pas normal! J’en ai beaucoup parlé avec ma femme, et j’ai donné des cours supplémentaires de maths à ma fille. Aujourd’hui, elle a un très bon niveau, ce qui lui ouvre les portes de carrières scientifiques, si elle le souhaite!»

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Peut-on faire des compliments?

Beatrice Dupuy, présidente des ventes au niveau mondial pour P&G et basée en Suisse, est également responsable de la diversité et de l’inclusion pour son département. Elle applaudit des deux mains le programme MARC et le volontarisme de son employeur sur le sujet. L’entreprise dispose notamment d’un code de conduite strict concernant les rapports hommes-femmes.

La parité n’est pas un combat exclusivement féminin, estime-t-elle. La majorité des hauts dirigeants dans le monde sont des hommes, donc on ne peut pas les laisser en dehors de cette cause.

Beatrice Dupuy, présidente des ventes

Une brochure est ainsi donnée à tous les salariés, qui doivent la signer tous les ans, et participer à des ateliers qui leur expliquent, au moyen de cas pratiques, ce que ces règles signifient concrètement dans la vie de l’entreprise. Par exemple, est-il acceptable de complimenter une collègue sur sa tenue du jour? Proposer un rendez-vous le soir pour finir un dossier? Sans parler du contact physique inapproprié…

Le fait d’impliquer les hommes dans cette réflexion compte particulièrement pour Beatrice Dupuy. «La parité n’est pas un combat exclusivement féminin, estime-t-elle. La majorité des hauts dirigeants dans le monde sont des hommes, donc on ne peut pas les laisser en dehors de cette cause. Ils doivent être eux aussi de vrais acteurs du changement.» Avec le programme MARC, certains cadres de P&G ont pris un congé parental alors qu’ils n’y auraient jamais pensé. D’autres ont changé leur manière d’éduquer leurs enfants.

Au travail, Peter Beets tente aussi de se défaire des stéréotypes inconscients qui l’imprégnaient. «J’avais tendance, par exemple, à ne pas imposer trop de voyages d’affaires ou de réunions tardives à une collaboratrice qui venait d’avoir un enfant, explique-t-il. Mais en réalité, certaines femmes ne veulent pas que leur carrière souffre de leur maternité. J’ai compris qu’il n’y avait pas de norme, et qu’il fallait mieux écouter la personne afin de comprendre ses priorités.»

Champions

Procter & Gamble a fait appel à la société Catalyst, une ONG spécialisée dans l’inclusion des femmes au travail, pour mener son programme MARC. Fondée il y a cinquante ans, cette organisation travaille avec un grand nombre d'entreprises et distribue même des prix aux plus volontaristes  d'entre-elles. Depuis 2009, l’organisation publie régulièrement des études sur l’implication des hommes contre le sexisme. «Pour parvenir à les mobiliser, il faut briser les obstacles qui les empêchent d’agir, explique Sandra Ondraschek-Norris, directeur Europe de Catalyst. La plupart n’agissent pas parce qu’ils ne se sentent pas concernés. Si on leur montre que cela les regarde aussi, alors ils peuvent devenir des champions de l’égalité!»

Procter & Gamble n’est pas la seule entreprise à s’investir pour créer un environnement inclusif et basé sur l’égalité des sexes. D’autres firmes installées en Suisse ont d’ailleurs décidé d’unir leurs forces sur le sujet en lançant la section suisse de LEAD Network, le réseau des «cadres dirigeants pour la diversité» dans l’industrie du détail et des biens de consommation, qui encourage les carrières féminines. La première réunion s’est tenue jeudi, avec des représentants de la firme américaine PepsiCo, de Galderma (qui appartient au groupe Nestlé) ou encore du cabinet d’audit Ernst & Young.

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