MARCHE DU TRAVAIL

Les entreprises qui s'installent créent des occasions pour les nationaux. Reste à les saisir

Les offices de promotion économique sont des indicateurs méconnus des professions recherchées sur le marché. Pointage dans quelques cantons romands.

Sur le marché des nouveaux emplois, il est un acteur qui se montre discret et qui ne manque pourtant pas d'intérêt: les offices cantonaux de promotion économique. Sommées par les dirigeants politiques de faire du «chiffre» en matière de réduction du chômage, les administrations cantonales ont en effet mis le turbo, ces dernières années, à leurs démarcheurs d'entreprises. Ces promoteurs de «l'exogène» – par opposition à l'endogène, qui concerne le soutien aux entreprises locales – regardent certes l'emploi par leur bout de la lorgnette, mais leurs avis éclairent néanmoins de nouveaux gisements de travail.

Un tour d'horizon de quelques cantons romands réserve une première surprise: l'étonnante homogénéité des demandes, quelle que soit la région. Les offices de promotion économique ont beau avoir affaire à des entreprises diverses et prospecter dans des secteurs différents, leurs diagnostics divergent très peu. D'abord, ils constatent que les entreprises à qui ils s'adressent «évoquent toujours avec beaucoup d'intérêt la question du personnel», remarque une économiste à la promotion économique fribourgeoise. Et butent sur le même constat initial: le manque général de personnel qualifié. La Suisse romande compte pourtant un nombre appréciable d'universités, d'écoles professionnelles en tout genre et le système de formation abonde en apprentissages: la course aux diplômes se fait aussi sentir au niveau des entreprises qui s'invitent en Suisse romande.

L'informatique en prima donna

Ce n'est guère une surprise: à en croire les promoteurs cantonaux, les étudiants en informatique n'ont guère de soucis à se faire. Dans tous les cantons, ce domaine d'activité est cité comme en sous-effectif. «Ce n'est pas seulement un problème suisse», remarque Karl Dobler, figure reconnue de la promotion économique de Neuchâtel. «A part la Grande-Bretagne et l'Irlande, peu de pays européens ont vraiment misé sur ce domaine. Ils en paient le prix aujourd'hui», note-t-il avant de nuancer: «Ce qu'est qu'une question de temps. Il y aura bien, prochainement, un moment où l'offre correspondra à la demande.» Mais en attendant, les spécialistes locaux peuvent encore profiter de nombreuses occasions.

D'autant que le secteur est multiple: à Fribourg, on cherche plutôt des généralistes, de préférence des ingénieurs, «capables de résoudre en équipe tous les problèmes de l'entreprise», note-t-on à l'office cantonal. Dans le Jura, la tendance est plutôt aux spécialistes: on y manque de programmeurs, notamment en langage C++, pour des logiciels précis, par exemple dans «l'informatique de réseaux, les intranets ou des applications techniques», remarque Martin Aeby, délégué jurassien à la promotion économique exogène.

La surprise industrielle

«Il y a quelques années, seules les banques et les assurances fascinaient les jeunes», se désole Karl Dobler. Conséquence, les formations industrielles ont été délaissées et aujourd'hui, le manque de personnel se fait sentir. Particulièrement en mécanique – à Fribourg – et en microtechnique, ce qui est le domaine d'excellence de l'Arc jurassien. Si le secteur horloger se montre pingre en embauche, les firmes et les nouvelles PME en télécommunication, robotique et produits de luxe, par exemple, cherchent toujours des microtechniciens. A Fribourg, c'est plutôt de généralistes dont on a besoin. La formation de polymécaniciens, qui se répand dans les PME et dans certains services de collectivités publiques, devrait d'ailleurs offrir de belles opportunités.

Le reflux des services

En dépit de leur omniprésence dans l'économie nationale, les services sont peu cités. Le secrétariat, remarque ainsi un démarcheur lémanique, ne fait pas vraiment l'objet de demandes des employeurs. Le manque de formation en langues est toujours criant, mais les savoir-faire requis par les entreprises importées reflètent surtout leur statut. Ainsi, dans la plupart des cantons, on cherche avidement des spécialistes de la comptabilité américaine, comme le système IAS encore peu maîtrisé sous nos latitudes. En outre, la connaissance des règles du «controling», des normes ISO et de l'assurance de la qualité constitue de toute évidence un atout: les sociétés qui s'implantent en font grande consommation. Autant de nouvelles opportunités pour les intéressés.

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