Recherche

Les entreprises suisses cherchent l’inspiration dans la Silicon Valley

Une quarantaine de représentants d’entreprises helvétiques se regroupent, dans le port de San Francisco, au «Switzerland@Pier 17». Les Suisses sont à la pointe dans la création de ces «outposts», ces bases avancées qui permettent d’innover plus rapidement. Swisscom et Nestlé en sont les leaders

Dans le port de San Francisco, «Switzerland@Pier 17», orné d’un drapeau rouge à croix blanche, sera d’ici à septembre une véritable ruche. «Nous allons monter en puissance en accueillant une quarantaine de représentants de hautes écoles, de collectivités publiques et d’entreprises. Nestlé comptera à lui seul une dizaine de collaborateurs, aux côtés d’employés de l’Ecole hôtelière de Lausanne, de Swiss Re, de Swisscom, de Reha Robotics ou de l’Université de Genève, par exemple», détaille Christian Simm, directeur de swissnex. De plus, le consulat général de Suisse, le Swiss Business Hub et Swiss Tourism seront abrités dans le même bâtiment.

Ils étaient jusqu’à présent huit personnes en moyenne. D’ici à quelques jours, ils seront ainsi plus de quarante. Fin juin verra l’explosion du nombre de représentants d’institutions et d’entreprises suisses au cœur de la Silicon Valley. Leur mission: détecter les dernières tendances, créer des liens avec des sociétés américaines et importer des idées novatrices en Suisse. C’est le nouveau bâtiment de swissnex, l’antenne de la Suisse de l’innovation à San Francisco, qui abritera, dans ses locaux flambant neufs situés dans le port de la ville, ces nouvelles antennes.

«Un maximum d’interactions»

Pour les employés de ces antennes, pas question de travailler dans des bureaux personnels. «Très peu de places seront attribuées, le but est de créer un maximum d’interactions entre eux, mais aussi bien sûr avec l’environnement de la Silicon Valley, poursuit Christian Simm. Swiss Re va explorer comment l’innovation technologique affecte la chaîne de valeur dans les assurances et Nestlé prospecter l’impact du numérique sur les utilisateurs et la société.» La Suisse est bien placée, selon le responsable Christian Simm, avec notamment le pionnier Swisscom, présent avec son outpost depuis plus de dix ans dans la Bay Area.

Swisscom est d’ailleurs cité dans des études sur les antennes californiennes réalisées par Evangelos Simoudis, investisseur et fondateur de la société de conseil Synapse Partners. «Selon nos informations, il y aurait actuellement environ 180 outposts dans la Silicon Valley. Ceux de l’opérateur Verizon, Samsung et de la chaîne de supermarchés Wal-Mart ont démontré qu’ils ont une influence claire sur leur maison mère. BMW, Mercedes et tout récemment Ford ont aussi établi des outposts pour préparer la mobilité de demain.»

L’exemple de Valora

Christian Simm confirme: «Certaines marques automobiles comptent désormais des bureaux de près de trente personnes dans la Silicon Valley. La numérisation bouleverse toutes les secteurs, de la finance au «manufacturing», de la logistique à la santé.» Autre exemple, le groupe de commerce de détail Valora vient d’établir une présence à San Francisco, «Le but de notre outpost est de détecter les futures tendances en matière de shopping, nouer des partenariats stratégiques et tester de nouvelles idées», nous indique Cyril Dorsaz, Digital Innovation Manager chez Valora.

L’horlogerie suisse s’intéresse aussi de près à la Californie. Ainsi, d’ici à quelques semaines, TAG Heuer créera son outpost au sein même du siège d’Intel, à Santa Clara. C’est le directeur d’Intel, Brian Krzanich qui a invité début juin Jean-Claude Biver, patron du pôle horloger de LVMH, à installer plusieurs de ses employés – le nombre n’est pas communiqué – dans son quartier général. Les deux sociétés sont déjà en étroite collaboration, Intel livrant à TAG Heuer les microprocesseurs pour sa montre connectée.

Aussi le Pentagone

TAG Heuer le prouve, il existe plusieurs types d’outposts. «Les entreprises étrangères sont aujourd’hui plus ouvertes pour investir, créer des partenariats, incuber et acquérir des start-up. Par le passé, les entreprises qui établissaient des bases dans la Silicon Valley cherchaient avant tout à acquérir des start-up», estime Evangelos Simoudis. Même le Pentagone s’y met: début juin, il a réorganisé sa base californienne, neuf mois après l’avoir créée, en engageant notamment un ancien cadre de Google.

Comment évaluer le succès d’un outpost? Pas facile, selon Eilif Trondsen, associé d’Evangelos Simoudis: «Lorsqu’une base ferme, on pense souvent que c’est un échec. Mais parfois, c’est simplement que l’outpost a rempli sa mission. Il est aussi possible que la direction de la société modifie ses priorités». Une chose est sûre, cette direction doit être à l’écoute, poursuit Christian Simm: «Si l’envoyé spécial dans la Silicon Valley ne parvient pas à faire entendre ce qu’il observe, son travail ne sert à rien».

Des «learning expeditions»

Certaines sociétés créent aussi des «learning expeditions», soit plusieurs jours, souvent une semaine, pendant laquelle la direction d’une entreprise effectue des visites en Californie. «Cela peut-être très utile, mais aussi beaucoup trop bref, avertit Christian Simm. Car tout va très vite ici: vous allez être invités à un barbecue avec des gens très intéressants ici, mais votre avion repart déjà vers l’Europe le lendemain… D’où l’importance d’avoir une base fixe près de San Francisco, même en effectuant un tournus de personnel.»

A propos du réseau swissnex: «Des swissnex mobiles pour promouvoir la science suisse»


Swisscom, présent en Californie depuis 1998

C’est l’une des sociétés le plus souvent citée en exemple lorsque l’on parle d’antenne dans la Silicon Valley. Swisscom est parmi les premières à avoir créé un «outpost» en Californie. «C’était en 1998, nous voulions comprendre ce qu’impliquait l’explosion d’Internet, avec à l’époque un collaborateur basé dans la Silicon Valley», explique Grégory Leproux, directeur de l’antenne californienne de l’opérateur. Le modèle a évolué en permanence. «Après la phase d’observation, nous sommes entrés dans l’action, avec deux à trois employés sur place entre 2006 et 2012, poursuit le responsable. Le but était de multiplier les contacts – jusqu’à 400 par employé et par année – avec des représentants de sociétés américaines ou étrangères dans la Silicon Valley.»

De ces contacts sont nés des projets, puis des services. «Nous avons lancé nos services cloud (ndlr: informatique en nuage) grâce à ce que nous avons appris en Californie, en installant même sur place certains de nos développeurs. Et si nos clients peuvent consulter en temps réel les chiffres liés à l’utilisation de notre réseau mobile, notamment le volume de données, c’est grâce à des technologies importées depuis la Silicon Valley», explique Grégory Leproux. Depuis 2012, une dizaine d’employés de Swisscom sont basés à Menlo Park, à côté du siège de Facebook. Deux employés rejoindront bientôt la base «Switzerland@Pier17» à San Francisco.

«A l’écoute en permanence»

Swisscom a aussi investi dans des sociétés – «une quinzaine», estime Grégory Leproux, qui explique que l’intérêt est d’investir de manière stratégique dans les jeunes pousses qui fournissent des services au cœur des infrastructures de Swisscom. «Mais le plus important, c’est vraiment l’identification des tendances et des besoins de nos clients, ainsi que les contacts que nos collaborateurs établissent tant avec des directeurs de start-up que des responsables de géants tels Cisco ou Google, qui demeurent accessibles. Il n’y a pas de recette miracle pour innover, il faut être à l’écoute en permanence», estime Grégory Leproux. Depuis peu, Swisscom est allé plus loin encore en prenant sous son aile, pour des durées limitées, des employés de La Mobilière, La Poste et Ringier (éditeur du Temps) dans la Silicon Valley. (A. S.)


Nestlé passe de 2 à 14 employés à San Francisco

Nestlé est présent dans la Silicon Valley depuis deux ans, via deux collaborateurs présents à San Francisco. Désormais, ils sont quatorze à œuvrer au sein du «Switzerland@Pier 17», dans le port de la ville. En deux ans, Nestlé dit avoir mené plusieurs expériences. «Nous avons été capables de mener plus de trente tests en partenariat étroit avec des start-up et des partenaires commerciaux, explique Mark Brodeur, responsable de l’antenne de Nestlé. Un tiers de ces solutions ont été ensuite utilisées au sein de nos marques, et même de nos marchés. Cela va des solutions marketing à des services numériques». Le responsable cite un exemple précis: «Nous sous sommes associés à une société, Blippar, active dans la réalité augmentée, pour notre marque Milo (ndlr: poudre chocolatée), en Asie, pour inciter les enfants à être actifs physiquement». Nestlé a noué aussi un accord avec la société Feastly, qui met en relation cuisiniers et gastronomes.

Aujourd’hui, Nestlé s’estime à la pointe de l’innovation avec son équipe de San Francisco. «Nous avons construit ici un écosystème solide. Souvent, nous rencontrons à San Francisco des représentants de sociétés, même si elles ne sont pas basées ici, explique de son côté Stephanie Naegeli, responsable du marketing numérique dans l’antenne californienne. Nous avons aussi, récemment collaboré étroitement avec une société de San Francisco, Spoon Rocket, qui livre des plats à domicile. Notre but était de mieux comprendre les attentes des clients avec les services en ligne et de mieux appréhender des modèles d’affaire basés sur le numérique.»

Aussi du capital-risque

Nestlé veut aller plus loin, en créant aussi un réseau dans lequel seront actifs des acteurs du capital-risque. Selon Stephanie Naegeli, il existe d’autres centres d’innovation sur la planète, comme à Londres, à Tel Aviv ou à Berlin. Mais c’est pour l’heure seulement à San Francisco que Nestlé a dédié une équipe à la recherche de l’innovation.

Publicité